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Choc des Cultures # 5 : De l'insistant à l'inexistant. 

Ecrit avec amour et humour le 22.06.2018

En tant qu’expatriée,

je dois faire face.

 

A moi même déjà

et c’est pas facile,

croyez moi ! 

Faire face aux nouvelles règles. 

Nouvelle façon de vivre. 

Nouvelles envies.

 

En un an et demi, je me suis adaptée à tout. Je n’ai eu peur de rien. J’ai relevé les défis, accepté les différences et appris de mes erreurs. Cependant, il y a encore une chose que j’ai du mal à comprendre. Vous allez encore penser: « Mais  cette  fille  n’a  t - elle  que  ce  mot  à  la  bouche ? »

Ils sont omniprésents dans mes pensées, mais terriblement absents dans mon coeur

Les hommes. 

La gente masculine. 

L’autre. 

Lui. 

J’avoue, je ne comprends pas les hommes, et plus particulièrement les hommes au Canada. Les Canadiens sont un mystère au quotidien, mais pourquoi ?  

Ce soir-là, nous étions entres filles excitées à l’idée de voir enfin ce groupe en concert dans un des lieux les plus branchés de Vancouver. Accoudées au bar, nous commandons nos verres tout en discutant, entourés d’hommes tout aussi attractifs et attirants. Verre en main, je me déplace un peu plus loin attrapant une paille frôlant l’un d’entres eux, lui touchant l’épaule, spontanément. 

Sa réaction? Il a sursauté.

Sérieusement ?! 


Existe t-il encore un espace pour le contact physique dans ce bas monde ou le seul contact est celui désormais de nos doigts sur l’écran ? Le premier contact doit-il être digital avant d’être physique ? La technologie est-elle en train de prendre le pas sur les relations hommes-femmes? 

En même temps lorsque j’y réfléchis, les seuls dates eus avec les hommes ici se sont fait grâce à mon portable. Mon p-o-r-t-a-b-le ! 

L’atout indispensable pour avoir une vie sexuelle et sociale. 


Au Canada, les hommes ne font pas le premier pas.

...ici, cela  ne  se  passe  pas  du  tout  comme  ça. pourquoi ? est - ce  moi ? je  ne  leur  plais  pas, c’est  ça? serais - je partie  vivre  à  Vancouver  pour  finalement  comprendre  cela ? oui  mais pour  comprendre  quoi ?!

 

Que je ne serais jamais une autre que celle que je suis : Une simple Frenchie perdue et totalement démunie.   

LA POSITION DE LA FEMME FRANÇAISE


L’image de la Femme Française dans le monde est assez unique. Cette femme-là n’est décrite et définit qu’à travers des qualificatifs. 

LIBRE - MODERNE - VIVE - COURAGEUSE - OPTIMISTE - CHIC - NATURELLE - SÉDUCTRICE - CULTIVÉE - ELEGANTE 

Ne fait-elle pas rêver?! 

Oui.

Ouais. 

Mouais. 

Non. 

Cette femme ( si imparfaite, soit-elle ) fait bel et bien, peur. Peut -être suis-je en train d’exagérer mais ce serait contre ma volonté. 

J’ai été éduqué avec l’idée de vivre ma vie comme une femme indépendante, entièrement libre, vivant hors des conventions, jouant avec mes propres règles, flirtant avec le féminisme, ne laissant tomber aucun combat pour les libres droits des femmes. Tout cela en étant bien évidemment stylée. Combattantes oui, mais en talons pailletés !  

 

Libre c’est vrai, je l’ai toujours été, je ne peux pas le nier. Ne suivre aucunes règles, c’est faux. J’aime me décrire comme une femme moderne mais je suis tout de même, très attachée à ces coutumes ancestrales. Une vielle dame dans le corps d'une demoiselle. La jeune gazelle n'est pas éternelle ! 

Oui moi, jeune trentenaire célibataire, je suis très attachée à ces règles qui définissent la séduction Hommes - Femmes.

 

Jane  Austen, sors  de  ce  corps, s’il  te  plait  et  adapte - toi  à  la  réalité ! Darcy  n’est  qu’un  fantasme  et  tu  le  sais. 

C’est à l’homme à venir vers la femme. Reste à ta place, c’est moi qui me déplace. L’homme chasse, la femme décide. En France, nous sommes toutes habituées à être séduites, courtisées, abordées. C’est notre quotidien. Dans le bus, la rue, les parcs, l’épicerie, les cafés… Tout le temps, à toute heure. Le premier pas n’est jamais à faire, ils sont tous déjà prêt, devant toi. 

C’est quoi ton 06, toi la beauté là-bas ? 

 

Le Canada est un Pays avec ses règles de séduction et étrangement, elles ne matchent pas du tout avec les nôtres. Étant aujourd’hui une Française expatriée, je dois avouer que je me sens aujourd’hui désemparée face à toutes ces idées reçues et autres clichés. Désemparée et terriblement seule aussi, je dois l’avouer. 

Un homme n’est jamais venu vers moi et non, je n’ai jamais trouvé le courage pour les aborder comme une vraie femme indépendante au caractère affirmé. On a connu la France bien plus combative, bordel ! Alors Andy, t’attends quoi pour oser ?

OSER ou OSERA pas.

Décide toi.

T’as 31 ans, désormais il serait peut être temps de te marier et t’accoupler. 

 

 

LE COMPORTEMENT DE L’HOMME AU CANADA


... Et puis, il a fallu que mes certitudes de vielle dame et moi nous décidions de vivre dans ce Pays où les hommes sont aussi timide que moi. 

C'est vrai, je n’ai jamais compris pourquoi on qualifiait les Canadiens de « Chickens » . Serait-ce à cause de leur passion pour les barbecues ? Ce serait trop simple, sans réelle imagination. Non, les hommes ici sont comparés à des poules mouillées. 

Les femmes les effraie, c’est pourquoi on leur a donné ce surnom désuet. 


Poules mouillées, je trouve le mot assez dur mais oui, je peux vous confirmer cette vérité. L’homme Canadien n’est pas entreprenant, il ne te fait pas de rentre dedans. La rue ce n’est clairement pas son terrain de chasse. Il observe mais n’attaque jamais. Ah attend, il vient juste de me regarder…. Ah, non, il ne viendra pas. Espoir envolé. 

Serait-ce un trop plein de politesse ou une peur certaine du rejet? Le premier pas, il ne connaissent pas. Ils savent pas. Il ne le font pas. Alors quoi?! Ça ne se passe pas, c’est ça ? 


Sans faire de généralités ( je n’ai passé qu’un an et demi à tous les observer… ) :

" L’homme Canadien est doux et aurait souvent l'impression d'être « castré » dans ses relations amoureuses. Il est en général passif et prend mal le rejet, ce qui l'empêche de faire le premier pas. En deux mots, les Canadiens seraient donc une population masculine, rendue de plus en plus paresseuse...." 


Ah….. mince,  je  crois  avoir  pris  le  mauvais  pays  sur  la  carte ! 

 

J’ai toujours entendu que les femmes Canadiennes ( enfin les Québécoises ) font le first move, elles n’ont peur de rien. Ce comportement féminin-là, a t-il influencé celui des hommes dans ce Pays ? Les Canadiennes seraient-elles les seules à se féliciter d’une vraie égalité dans la séduction Hommes-Femmes?! Les M-E-U-F-S en avance sur leurs temps. Serais-je prête moi aussi, à me prendre des vents ? 

Du coup, les hommes ne savent pas séduire et sont souvent choqués lorsque le sexe opposé, ose. Mais alors comment font-ils pour se rencontrer ? Ah oui, c’est vrai ils ont leur téléphone, j’oubliais ! 

 

 

LA VIRTUALITÉ CONTRE LA RÉALITÉ

 

A Vancouver, la seule façon de se rencontrer c’est avant tout à travers la virtualité. Oui, à l’heure où j’écris cet article, je suis dans un café où des dizaines de personnes sont en fusion avec leurs téléphones et leurs ordis. 

Nous avons bel et bien laissé la pomme d’Adam pour celle de la Silicon Valley. Tu parles d’une population évoluée….. Regardez-nous tous avec nos écouteurs, non mais quelle horreur !


Assis à gauche sur son canapé, un homme d’une trentaine d’année, les yeux clairs me regarde depuis le début de mon arrivée. Il est charmant, le livre qu'il lit à l’air intéressant. 

Cependant, je peux vous parier que même si nous échangeons des regards depuis une heure maintenant, il ne prétextera pas un mot ou une action pour rentrer en relation avec moi. De même de mon coté, encore trop timide malgré mon rouge sur les lèvres et ma robe à pois.  

BB, c’est à toi de venir. 

Come on, guy, come on ! 

Par contre, je suis prête à vous parier que dans le monde digital dans lequel nous vivons désormais, nous nous serions déjà matché et daté. 

Les applications de rencontres nous permettent de prendre le pouvoir que nous ne prenons pas dans la réalité. Le contact physique ne se fait jamais. Si l’on est pas ensemble, on ne se touche pas. Non, ne me regarde pas. 

Matche avec moi et là je viendrai vers toi. Le doigt ne glisse que sur l’écran de nos smartphones. Le désir et la sensualité n’existe qu’à travers la 3G. 

 

L’ART D’ABORDER À DEFAULT D’IMPORTUNER


Une autre culture, une autre éducation. Les hommes ici, ont leurs propres règles. Elles sont très différentes de celles vécues en Europe. Je ne suis clairement pas habituée, il va dont falloir y remédier. 


« Vous - êtes  très  jolie  Mademoiselle ! » « Et  t’as  pas  un  06 ? » « Avez - vous  l’heure  s’il  vous  plait ? » 


Cela fait un an et demi que je ne me suis pas faite abordée. A l’heure où les femmes se révoltent enfin publiquement pour contrer ces agressions de rue quasi-quotidiennes, j’en viens presque à regretter ces phrases et autres mots maladroits. Comment puis-je penser ça? Cela ne me ressemble pas. 

Honte à moi. 

Parler à une femme dans la rue ne se fait pas. Dans le bus, non plus. La peur constante du harcèlement plombe t-il les contact humains si essentiel au tissage de lien ?!  


D’après plusieurs témoignages  ( ouais, t’as vu ?!… c’est une vraie étude sociale là! )   le harcèlement démarre au moment où l’on fait un compliment à une jeune femme. Venir te parler peut être considéré comme un comportement inapproprié. 

Donc, cela ne se fait jamais. 

NEVER

STUPEUR. 

Alors, me direz-vous comment font-ils pour tous se rencontrer ? Car, oui des couples j’en croise tout les jours dans nos rues. 


Au travail. En faisant des activités. Chez des amis, en soirée. C’est vrai qu’à Vancouver, ils sont très activités OutDoor: Escalade, basket, randonnée…. Et cela marche ! Des dizaines de témoignages à la clé. « Inscris toi au Volley, tu verras, tu rencontreras que des BG  !! »  À un moment donné, il va falloir que j’arrête d’écouter ma Coloc Canadienne car si je dois me mettre au Volley pour choper, on est mal barré.

En quatre mots : GO HOME RIGHT AWAY ! 


Entre nous, je dois avouer que je suis assez fière de travailler en indépendante mais cela commence à déteindre sur ma vie amoureuse.

Indépendante ?! Non je veux dire c-é-l-i-b-a-t-a-n-t-e. 

 

Je n'ai pas besoin d’un homme pour me payer à manger c’est vrai, mais pour prendre soin de mon coeur, un peu ouais. 

Travailler chez soi a des avantages mais isole aussi, surtout. Alors que faire après tout ?! Sortir et se mélanger. Hummmm oui, c'est une idée... ! Non, mais arrêtons de blaguer.

La solution, elle est là: " Sors de ta p***** de zone de confort, cette prison romantico douillette et dorée ! N'aie pas peur d'y aller ! " 

S’ADAPTER OU RENONCER 


C'est la chose la plus difficile à faire pour moi. Sortir de ma zone de confort, celle d’attendre et d'observer pour enfin oser aborder sans tenir compte de ma timidité. 

Dois-je Changer ?!

Non, pardon : M’adapter. 

Evoluer. 

Se prendre des râteaux, des NON ou des simplement « I’ve a girlfriend, sorry Andy ». Il n’y a pas que les hommes qui ont le droit de se prendre des vents, les filles aussi, il serait peut-être temps. Mon égo n’est définitivement pas prêt à cela, mais qu’importe, il n’est pas le roi. J'ai envie mais je n’ose pas. J'aimerai mais je ne me donne pas le droit.

 

Combien d'actes manqués suis-je encore prête à laisser passer ?

Le Canada serait-il en train de transformer la timide qui vit en moi? Ce Pays fait-il naitre une nouvelle Andréa ? L’expatriation ne cesse de me remettre en question. Sans arrêt, sans interruption.

Trop d’interrogations............ et pas d’action. Ce temps de gestation est désormais fini.

J'ai fermé Orgueil et Préjugés, laisser tomber mes idées de mémé, mis mon portable en silencieux, pris ma confiance en moi puis, d'un geste lent et toute en sensualité, je me suis enfin levée pour aller lui parler. 

 

... N’vous inquiétez pas, j'vous raconterai ;)