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Story # 7 :Le jour où je suis allé à cette soirée surréaliste.

Ecrit avec amour et humour le 25.10.2016

Au départ,

 

cette soirée n'avait absolument

rien d'excitante.

 

Ô grand désespoir!

Charlotte, ma colocataire m’avait proposé de l’accompagner :

« Est-ce que tu veux venir avec moi, j’ai une soirée avec mon boulot. C’est une remise de diplômes aux élèves qui ont réussi leurs examens en Français. »

 

Je vous l’ai dit, rien de très très excitant à l’horizon mais c’était soit l’accompagner, soit rester affalée sur le canapé en regardant Netflix... Et pour un samedi soir, c'était interdit par ma religion de trentenaire célibataire.

 

« Je pense que cela peut être bien pour toi, tu peux rencontrer des personnes qui parlent Français et faire quelques connexions pour le travail. Il y aura aussi un buffet et de la musique. »

 

A chaque fois, je suis toujours partante pour toutes les soirées proposées, surtout si on peut danser ! Alors cette fois-ci je n’ai pas dérogé à la règle : J’ai mis ma veste de tailleur noire, mon rouge à lèvres et mon chapeau.

Comme vous pouvez vous l’imaginer, la plupart des personnes présentes étaient des diplômés accompagnés de leurs familles, des VIP Politiques et des enseignants timides. Elle me présente à plusieurs de ses connaissances, la langue Française et le verre de vin me donnent confiance et me détende tranquillement. Pendant plus d'une heure, j’ai applaudi des dizaines de personnes que je ne connaissais pas, mangé des mets inconnus et bu deux verres de vin à 7 dollars.

 

« Bon, c’est quand qu’on danse ?! »

« Je ne pense pas que ce soit au programme, malheureusement… les gens vivent loin, ils préfèrent rentrer tôt. »

 

Je vous arrête tout de suite.

Vous pensez vraiment que mon post parle de cette soirée-là ?! FAUX. Je vais vous parler de cette fameuse soirée, LÀ. Désespérée, je regarde l'heure sur mon portable: mon écran d’accueil est saturé de message de Sven.

 

« Hey, I have your ticket for the pary tonight ! I’m home, I waiting friends but we will be there in 30 minutes. Where are you ?! You come ?! Andy ?! »

…. Mais oui c’est vrai que Sven m’avait inscrit à cette soirée Wreck Beach !

« Tu veux dire une soirée sur la plage… ?! Mais, c'est l'hiver.»

« Non, je ne pense pas mais connaissant Sven, tu sais quoi?! Je m’attends absolument à tout."

 

Je regarde autour de moi et vois le staff qui commence à s’éclater sur de la musique typiquement Québécoise.…. Euh, Charlotte je crois que là, il est vraiment temps d’y aller.

 

On se renseigne sur l’adresse et brave la tempête annoncée ce soir-là. Pas de maillot de bain, c’est vrai mais trop curieuse de voir à quoi pourrait ressembler cette soirée. Arrivées dans le quartier jeune et branché de Mont Pleasant, on tombe sur un immeuble désaffecté .

« C’est là ?! »

Ça n'avait rien de très sécurisant. On traverse la rue et croise trois personnes qui s’arrêtent elles aussi devant la porte d’accès fermée. Contrairement à nous, ils portent shorts, claquettes et paréos.

 

« Bon, comment on rentre dans cette soirée ?! Tout est mystérieux, le lieu, l'immeuble, la façon d’y rentrer… Bordel, mais que fait Sven ?! » Comme un Prince sur son cheval blanc, ce dernier vole à notre secours, musique à fond et freine devant nous comme un adolescent. « Suivez-moi, l’entrée est de l'autre côté ! »

 

On tourne au block et je dois l’avouer, on ne s’attendait pas à ça.

« Le thème c'est "Beach" donc tout le monde doit être en maillot de bain?! »

« Non, c’est une party sur le thème "Wreck Beach", tu sais la plage à UBC où tout le monde est nu. Tu la connais?! »

...

Oui, c’était exactement ça. Malgré les 10°, plusieurs personnes étaient à l'extérieur en maillot de bain ou simplement Topless en train de fumer leurs cigarettes.

 

« Mais c’est QUOI cette soirée ?! »

Après avoir garé sa voiture, il nous rejoint plus excité que jamais avec son chapeau de paille et son collier de fleurs qui le rendent charmant et ridicule à la fois. Charlotte et moi, on se regarde : Avec nos manteaux et bonnets, non, on ne fait définitivement pas très couleur locale. Il fonce parmi les Beachers… Allez, qu’importe, on n'a qu’une vie, non ?! On le suit, monte les escaliers, montre nos Carte d’identité au videur et entre !

 

First impression: Il fait chaud. Très chaud, même.

Une jeune femme nous accueille en maillot de bain très échancré porté avec un manteau panthère. …Hummm, oui pourquoi pas ?! Prix de la soirée : 25 Dollars. Ah oui, ce n’est pas donné de se déhancher à poils ! Prévoyant, Sven avait déjà payé les billets sur internet. Loin d’être idiot, le mec ! La jeune panthère nous tend le bras et nous tamponne les poignets. Eh bien Andy, je crois qu’il est temps d’y aller.

 

« Bon si cela nous plaît pas, on s’en va ». On essayait de se rassurer comme on pouvait, c'est vrai, on ne savait pas trop ce qu’on allait voir, ni ce qui se passait derrière cet épais rideau noir. Une gigantesque partouze ?! Des personnes complètement droguées surexcitées ?! Une soirée échangiste ?!

Tu t’imagines tout et n’importe quoi. Comme dans Games Of Thrones, le passage du rideau est comme celle du Mur. De l’autre côté, c’est un autre Monde.

 

« NON, MAIS C’EST QUOI CETTE SOIRÉE ?! »

C'était un autre MONDE. Définitivement.

De la musique house underground, une ambiance très sombre avec seulement quelques spots, mais SURTOUT des hommes et des femmes en maillot de bain, sous-vêtements ou complètement nus. Sans exagérer, il y avait au minimum 300 personnes. Certains dansaient, d’autres flirtaient et puis quelques-uns essayaient juste de conclure. Soit tu restes, tu te prends au jeu et tu t’éclates soit tu pars en courant. On a choisi la première option, on a posé nos manteaux, vestes, écharpes, bonnets, sacs au vestiaire et on est partis à la découverte de cet endroit absolument fou.

 

Il y avait quatre salles :

- La première est la plus grande, une piste de dance avec un DJ, une barre de pool dance, et une petite scène où un groupe jouait du Jumbé en synchronisation avec la musique.

- Une deuxième salle plus petite, plus intime avec un DJ qui jouait de la musique différente (je vous rassure, ce n’était pas de la musique des années 80 !) et un bar à l’entrée.

- Une troisième salle où des Make-Up artist s’adonnaient à des dessins des plus étranges sur les seins des jolies demoiselles, une table où étaient posés plusieurs accessoires de plages ; bouées, chapeaux, lunettes de soleil et enfin un photographe avec tout son attirail prêt à immortaliser ces beaux souvenirs!

- La quatrième salle, la plus petite où des préservatifs étaient mis à disposition à l’entrée. Je vous laisse deviner l’utilité de cette pièce.

 

Je dois avouer qu’avec nos jeans et Tee-Shirt, on n’était pas très à l’aise. Ne voulant pas trop attirer l’attention, on a remonté nos jeans et fit un Cropped Top mais c’était loin d’être suffisant.

 

« J’ai tout ce qu’il faut pour faire du body Paint ! » me dit Sven

 « C’est super mais tu penses sincèrement que je vais me mettre nue et que tu vas pouvoir me peindre le corps?! Tu es dingue mais moi, pas encore. »

 

Je lui ai laissé le choix de peindre les parties nues de mon corps et cela n’avait rien de très excitant : Ventre, bras et mollets. Il a dessiné un soleil puis après plusieurs minutes, a complètement lâché l’affaire et m’a juste étalé de la peinture sur le ventre et les bras.

« Ah oui merci Sven, tout ça pour ça…! »

 

Comme des enfants, on s’est prise nous aussi au jeu et s’est amusée à écrire des mots sur toutes nos parties du corps « Wreck Beach » « Love » …

« Je crois que là nous sommes assez customisées on est prête à partir danser ! »

 

On traverse la foule des jeunes corps nus en délire et on se lâche enfin... Je me suis rendu compte que je n’étais pas la seule à avoir un corps imparfait, de la cellulite sur les fesses, les seins trop gros ou trop petits qui pendent, le ventre loin d’être plat, des poignées d’amour... Avec tous nos petits défauts et nos gros complexes, on se ressemble toutes. Rien que pour cela, cette soirée m’a remis les idées en place et cela m’a fait le plus grand bien.

 

Petit à petit, la musique nous enivrait.

On s’en foutait de plaire, de séduire, de sourire, se passer la main dans les cheveux, avoir le bon déhanché… Là, c’était presque comme de la danse animale. Tu ne te soucies pas de ce qui se passe autour, tu es juste toi-même en accord avec les Beat (sans mauvais jeu de mots !).

Charlotte était dans le même état que moi, sur un nuage. Pas besoin de prendre de drogue, nos corps avaient déjà répondu au plaisir de l’apesanteur. Je n’aurai jamais pensé pouvoir danser sur une musique pareille mais là, j’avais tout laissé derrière moi: la peur, l’appréhension, les tensions, la timidité et les complexes.

 

C’était très libérateur, comme une catharsis. Pas une seule fois on s’est arrêté de danser. Enfin, si pour prendre un Gin Tonic, il ne faut quand même pas déconner !