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Week # 4 : Première visite.

Ecrit avec amour et humour le 31.12.2016

C’est loin d’être chaleureux, un aéroport.

 

Et pourtant dans ces endroits-là, ne se partagent que des moments de chaleur. De Chaleur humaine. Je ne sais pas vous, mais les seules fois où j’y ai mis les pieds, mes yeux étaient toujours remplis de larmes. Je pleure quand je pars, je pleure quand je rentre, je pleure quand j’accueille et je pleure quand je quitte. Des litres d’émotions et des tonnes de mascara sur les joues... Que voulez vous!

... et ce vendredi 16 Décembre n’a pas échappé à la règle.

Vendredi 16 Décembre :

 

Assise dans le Skytrain, malgré la musique dans mes oreilles, c’est mon cœur que j’entends le plus. Un mélange de joie et d’appréhension. D’euphorie et d’angoisse. D’impatience et d’exaltation. Trente minutes de retard annoncé. Cela n’arrange pas les 45 minutes d’avance que j’avais prévues.

« Bon, et bien je vais aller chiller au Starbucks ! »

 

Tout est calme.

Suis-je bien à l’arrivée des passagers ?! Pas de pleurs, de cris, de hugs enflammés, d’embrassades amoureuses… Rien. Mais pourquoi ?! Les vols ne sont-ils remplis que d’hommes et de femmes d’affaires avec leurs portables accrochés à l'oreille ?! Existe-il un panneau d’interdiction d’approche, une loi sanctionnant les cris de joies ou sont-il tout simplement pudiques ?!

 

Je ne saurai dire. On n’est clairement pas à Marignane.

J’entends enfin parler Français parmi les passagers qui arrivent… Ne pouvant plus tenir en place, je me lève et attends bien sagement derrière les barrières. Je n’arrive pas à décrocher mon regard de l’écran de surveillance où je guette son arrivée entre les news de CNN et le discours de Barack Obama.

 

Et puis en une demi-seconde, je l’ai reconnue au milieu de la foule avec son sourire lumineux et la même tendresse dans son regard. Désolée les gars, j’ai sauté la barrière !

 

Samedi 17 Décembre :

 

Premier jour et première balade. Décalage horaire faisant, la journée d’hier a été courte. Ce matin, l’observer boire son café dans mon salon est assez drôle. Je n’arrive pas à croire qu’elle est là. Un bout de ma famille assise sur mon canapé. De derrière mon écran à la réalité. Comme les gens du Sud savent le faire, elle a amené le soleil avec elle.

Chaque coin de rue est pris en photos. Autant elle, que moi je dois dire. Iphone 5C vs Fuji XT1. Le fait d’être avec elle, me donne un autre regard sur la ville. Celui d’une touriste que je ne suis plus désormais. J’ai découvert de nouveaux endroits, observé les immeubles autrement, remarqué des choses que je n’avais jamais vu auparavant. Prendre enfin, le temps.

 

Et puis quelque fois, je suis tout de même rentrée dans le rôle de « Mlle Guide Touristique, bonjour » moi la fille qui vit seulement à Vancouver depuis 4 mois.

« Alors, tu vois à gauche nous avons le stade de Hockey car ici nous avons une très bonne équipe ! »

« Nous avons ?! Tu emploies le mot « Nous » ! Pas de doute, tu es chez toi ici. »

 

Elle me l'a fait remarquer comme ça tout simplement et elle avait raison : Je lui faisais découvrir ma ville, celle que j’avais choisie pour y faire ma vie.

 

Dimanche 18 Décembre :

 

Ce matin là, on était deux à avoir 4 ans : Il NEIIIIGE !

 

L’esprit de Noël est bel et bien présent. Ni une, ni deux, nous enfilons nos doudounes à la découverte de la ville enneigée. Rien n’est plus beau que le bord de mer sous la neige… J’étais autant émerveillée qu’elle. On croise quelques Vancouverites : Ceux qui font leur jogging comme si de rien n’était, ceux qui promènent leurs chiens comme si c’était normal et quelques uns qui comme nous, profitent simplement de cet exceptionnel paysage ! La neige est rare à Vancouver, quelle joie de partager cela ensemble 

(et avec le monde entier aussi, nous nous empressons de poster nos photos sur les réseaux sociaux !)  

 

Nous passons devant un restaurant branché de Yaletown, parfait pour un petit brunch. Malheureusement, complet. Et ce n’est pas le seul… Les weekends à cette heure-là, tous les restos sympas du quartier sont pleins. Le dimanche en fin de matinée sur Van… Ils sont tous accrochés à leurs fourchettes !

Qu’importe, nous rentrons et partageons un délicieux moment avec mes colocataires avant de se lover chacune dans nos draps tout chauds. Des vraies vacances, je ne vous l’avais pas dis ?!

 

Samedi 24 Décembre :

 

Traditionnellement, le soir de Noël nous le passons en famille réunis autour d’un délicieux repas et d’un bon feu de cheminée. Mais cette année, ce sera la seconde fois que nous dérogerons à cette règle. Pas de repas à organiser, de plats à préparer et de maison à décorer. Un Noël light et cela dans tout les sens du terme.

Tout ce que nous avions prévu ce soir là, c’est d’être ensemble au chaud, installées sur le canapé avec un bon repas maison et Marry Poppins en VO.

Les bonheurs simples de la Vie, quoi.

 

Et puis à 6h00 du matin, le réveil à sonné. A peine réveillée et les cheveux ébouriffés, nous étions en Facetime avec la famille tous réunis. L’appel n’a duré que 10 minutes, un mélange de « Coucou ! » de sourires, de bisous agrémentés de quelques bugs techniques. Au final, on ne s’est rien dit de très intéressant mais on était tous très heureux de se voir.

 

Dimanche 25 Décembre :

 

Qu’est ce que le jour de Noël si ce n’est le jour du partage ?!

 

Nous avions décidé mes colocataires et moi, de le fêter avec les personnes que nous aimons et avec qui nous avions envie de partager cette journée là. On était une douzaine à la maison. Famille, ami(e)s, amoureux… Chacun avait cuisiné sa spécialité. Au menu : Quiche lorraine, Patates douces et carottes sautées, Salade d’endives, Soupe de légumes, Crumble sucré/salé, et enfin un « roti Vegan » avec sa délicieuse sauce au Cranberries.

 

Un vrai partage, de belles rencontres et des conversations en "Franglais". Assise au loin, je l’observais faire ses premiers pas en Anglais. Les rôles ne sont-ils pas en train de s’inverser ?! Comme une maman, j’étais attentive à elle, aux mots qu’elle prononçait, m’assurant qu’elle était comprise par tous, qu’elle pouvait exprimer ce qu’elle voulait et surtout lui montrer qu’elle n’était pas seule entourée d’Anglophone. J'étais là.

 

Enfin ce jour-là, elle m’a surtout prouvé que ces cours d’ Anglais l’avaient particulièrement bien aidé. Good job, Lisbeth !

 

Mercredi 28 Décembre :

 

« C’est où déjà ta rue ?! Saint Homer ?! »

Je n’ai pas pu m’empêcher d’éclater de rire au milieu du rayon épicerie du supermarché Bobo de mon quartier.

« SAINT HOMER ?!!! »

« Non, c’est HOMER STREET ! Homer St = Homer Street  et non Saint Homer ! »

« On n’est pas dans la vallée de la Cèze ici avec tout ces Saints ! St Gervais, St Michel d’Euzet, St Laurent de Carnols, St André, St Gély…. Et j’en passe ! »

 

Elle ne l’a évidemment pas fait exprès mais cette phrase a vraiment fait ma journée. En rentrant elle a investi la cuisine comme elle le faisait si bien chez moi à Paris, cuisinant des plats délicieux faisant de moi une nouvelle fois, la fille la plus gâtée au Monde. Je ne me lasserai jamais d’en profiter et ne la remercierai jamais assez de toute cette générosité. Doit-on culpabiliser lorsque à 30 ans, nous nous réjouissons toujours autant de la cuisine généreuse de ses parents ?! 

 

Je dois dire que de ce coté-là, je culpabilise à mort car je suis née dans une vraie famille d'épicurien.

 

Vendredi 30 Décembre :

 

Sur le chemin de l'aéroport, les rayons du soleil n’arrivent pas à réchauffer mon moral, ni mon cœur. Allez sèche tes larmes, poupée !

Je le sais, c’est ridicule. Pleurer encore une fois. Je ne me suis pas maquillée ce matin, je le savais d’avance.

En même temps, c’est normal d’être dans les émotions. Je la prends dans mes bras et pense déjà à la prochaine fois que j’aurai mon cœur serré contre le sien.

Dans 365 jours.

 

Ce n'est pas seulement ma mère qui s'en va, c’est aussi une partie de moi, la petite fille qui s’envole, l’enfant qui retourne dans le Pays de ses racines. C’est la fille qui pleure mais c’est la femme qui reste et qui avance.

Suis-je la seule

à pleurer dans ce lieu immense

et

froid

où des grosses machines avec des ailes traversent les nuages ?!