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Story # 15 : Le jour où j'ai arrêté d'acheter pour pouvoir enfin créer. 

Ecrit avec amour et humour le 22.01.2017

J’ai toujours pensé que consommer rendait heureux.

J’ai toujours pensé que posséder me remplissait de joie.

 

Avoir et accumuler était devenue au fil du temps une satisfaction personnelle. Et puis, je me suis envolée avec mes deux valises à Vancouver pour démarrer une nouvelle vie et j’ai compris. J’ai compris que j’avais tout faux.

J’ai toujours été dans l’excès, que ce soit dans mon rapport aux autres, avec moi même, et avec le Monde extérieur. Je me définis comme telle : Excessive.

 

Et quand on parle de consommation, eh bien oui, j’étais dans l’excès. Il y a ceux qui possèdent des voitures, des immeubles, des dollars ou simplement des femmes. Moi, c’était les fringues. J’ai toujours aimé la Mode, les magasines, les couturiers, les street-styles, l’histoire, les personnalités, tout. Je suivais les tendances, je passais mes samedis à H&M, au Bon Marché pour finir aux magasins vintages. Quand je ne travaillais pas, les « samedis shopping » étaient devenus un vrai réflexe. 

 

Je pensais que la réussite c’était d’avoir un placard comme Carrie Bradshaw. Des vêtements à n’en plus finir : Des dizaines de jeans, tout autant de pulls, des robes par vingtaines, des chemises, des vestes de costume, des manteaux d’hiver, de Printemps, des vestes en jeans, une quinzaine de débardeurs, tee-shirt loose blanc, gris chiné, noir, jupe de tailleur, fleurie ou en coton… Et une cinquante de paires de chaussures.

 

Quelle belle réussite Andy. Tu as un magnifique placard, et alors ?!

C’était ça la question : « Et alors ?! »

 

J’étais heureuse lorsque je rangeais mes nouveaux achats dans ma penderie. C’était comme un trophée. Remplie et rassasiée, mais je n’en avais jamais assez. Je me souviens d’une soirée d’été passé entre ami(e)s, j’ai habillé une dizaine de filles et de garçon sur le thème « Festival de Coachella » avec SEULEMENT mes affaires d’été.

« Attends, tu as habillé 20 personnes avec tes fringues ?! Hommes et Femmes ?! »

 

Ce jour-là, je me suis aperçue que ce n’était pas seulement de l’excès, mais une vraie addiction.  Cela ne m’a pourtant pas empêché de continuer. Lors de mon premier voyage à Vancouver, j’ai payé une seconde valise (+ son embarquement) pour de nouvelles fringues que je n’ai porté qu’une seule et triste fois.

Quand j’ai pris la décision de partir vivre à l’étranger, la première question que je me suis posée, c’est : « Mon Dieu mais, qu’est ce que je vais amener ?! »

 

Je n’ai jamais été très douée pour faire mes valises, emportant toujours TOUT. Après mon Road Trip à Cuba, je me suis maudite tous les jours d’avoir porté sur mon dos pendant plus de 3 semaines, ces vêtements « au cas où ». En plus de perdre du temps un temps fou à les plier et les ranger dans les placards des Guest Houses, j’ai mis tout le long du séjour, qu’un short et un débardeur. Good Job !

On a toutes ces fringues «  au cas où ». Le jeans que tu mettras quand tu perdras 4kg, cette veste que tu gardes, car le kaki revient à la mode l’été prochain, cette robe Sandro que tu as acheté à moins 50%... Et on a toujours une bonne raison qui nous empêche de nous en séparer.

 

Lorsque j’ai préparé mon départ, j’étais perdue et désemparée. Pourquoi se mettre dans cet état là ?!

Je me suis assise au milieu de mes valises et j’ai compris. Ce ne sont pas seulement des fringues que je laisse ici, mais des souvenirs. Mes souvenirs. Elles sont toutes ancrées d’histoire, de moments, d’anecdotes… Cette robe, je l’ai porté à mon premier rendez-vous, cette chemise je l’ai ramené du Sri Lanka, cette veste je l’ai acheté à la costumière de cette série, ces chaussures me rappellent mon ex… Des souvenirs par centaines.

Des souvenirs sur cintre.

 

Malheureusement, seules les plus chères à mon cœur m’ont accompagné jusqu’au bout du monde. Allez sans rancune, les filles.

 

En Octobre, quand j’ai visité la chambre dans ma future colocation, j’ai ri quand j’ai vu le dressing. « Je ne suis définitivement pas Carrie Bradshaw. » Il était minuscule c’est vrai, mais en adéquation avec ma valise qui l’était tout autant. Pourquoi vouloir un plus grand espace quand on a la taille adéquate ?! 

 

Je ne vais pas vous mentir en vous disant que je n’ai pas fait un peu de shopping en étant ici, mais pas comme avant. Pas comme une dingue de la CB, pas dans l’excès. Cela m’a seulement diverti les premiers temps.

Les mois sont passés et je me suis mise à travailler, à faire enfin ce que j’aimais, à réaliser les projets que j’avais en tête et vous savez quoi ?! Ma surconsommation de fringues et de shopping m’a semblé ridicule.

 

L' épanouissement  professionnel,  c'est  cela  qui  me  rend  profondément  heureuse.

 

Aujourd’hui, il n’y a plus que ça qui compte. Obtenir un contrat est plus important qu’acheter un nouveau perfecto Maje en soldes. Cela peut vous sembler complètement idiot comme raisonnement, mais je pense ne pas être la seule à le penser.

 

Dans mon cas, j’achetais pour posséder. Il n’y avait pas vraiment de sens, juste de la satisfaction momentanée. Je me suis vite rendu compte que je n’avais pas besoin d’avoir un dressing énorme pour être une jeune femme accomplie. Les « journées shopping » était comme une distraction, un détournement des vraies choses que je me devais de réaliser.

Acheter plutôt que créer.

 

Dépenser son argent et son temps.

Posséder ne faisait pas de moi une femme plus épanouie qu’une autre, cela remplissait juste un vide que j’essayais de combler de la mauvaise manière. Ce n’est pas ce que l’on possède qui nous définit. Avoir un compte en banque à six chiffres, un dressing full ou trois voitures dans son garage ne veux pas dire nécessairement que tu es une personne qui as réussi.

La réussite est ailleurs, ce que tu as ne définit pas qui tu es.

 

Depuis que je possède moins, j’ai l’impression enfin d’être moi même. Ce voyage a changé ma façon de consommer et de vivre mon quotidien. Je n’ai jamais été aussi épanouie et libre depuis que je suis partie avec ces deux valises. C’est un vrai retour à l’essentiel.  Je vis dans une colocation où mon dressing est à moitié rempli et je ne me suis jamais sentie aussi légère et créative.

 

A présent, je passe mes journées à créer et non à me perdre dans les rayons des magasins de Mode branchés.