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Story # 16 : Le jour où j'ai payé 5$ pour passer une soirée striptease. 

Ecrit avec amour et humour le 29.01.2017

Tu veux payer ton loyer ?!

 

Viens te

déshabiller.

Soyons clair, ce n’est pas moi qui me suis retrouvée à moitié nue sur scène, mais j’ai passé la soirée à regarder des gens se déshabiller.

Soirée « rent  a  check ».

Règles du jeu : Tout le monde peut s’inscrire (à part les pros du String), hommes et femmes. Ramène ta musique, tes accessoires et laisse ta timidité à la porte. Cela faisait plusieurs semaines qu’on attendait cette soirée, à imaginer ce qu’elle pouvait nous réserver. Clairement, on était surexcitées ne sachant pas trop où on mettait les pieds.

22h.

Après avoir bu plusieurs bières dans le pub d’à côté à mater les Hipsters timides, on se précipite enfin devant l’entrée du bar. Quoi, nous ne sommes pas les seules ?! Une cinquantaine de personnes attendent déjà à l’extérieur. Si les queues sont aussi longues à l’intérieur, cette soirée promet d’être épique (pardon, humour gras mais là c’était trop facile).

Tous les âges, des profils différents avec des looks improbables. La fan de Mode se régale à décortiquer les looks des hommes comme des femmes. Vancouver n’est pas une capitale de Mode, oui mais disons-le, ils sont quand même tous très créatifs.

 

« Oh, t’as vu son pantalon et sa veste ?! J’adore ! Il est pas mal le mec derrière nous, non ?! Si il a envie, je veux bien le déshabiller moi. »

Dans l’attente on s’occupe comme on peut. « Bon, combien de temps on doit attendre encore ?! Ce n’est pas les Bains Douches, bordel. Pourquoi ça n’avance pas ! » Les seules qui râlaient, c’était nous. Et pourtant on ne le faisait pas exprès, on est toutes des expatriées bien intégrées. Vous le savez, les habitudes sont tenaces.

 

Plus de trente minutes dans le froid, à se maudire de ne pas être venues plus tôt, nous arrivons enfin devant le videur. On sort notre plus beau sourire en nous découvrant un p’tit peu. Malheureusement, rien n’y faisait. Le pire dans ce genre de situation, c’est de patienter juste devant lui en entendant la musique du début du show à l’intérieur. Mauvais, mauvais timing.

 

On a bien fini par rentrer mais une par une. Parfait mec, comme ça c’est plus simple de se perdre parmi la foule déchainée.

Putain. À l’intérieur, ça puait l’excitation et la transpiration. Il fait sombre, seules les lumières des tables de billards éclairaient la pièce. Ils ne nous ont pas menti, le bar est full. J’ai eu une pensée triste pour les optimistes dehors, allez sans rancune les gars !

 

La scène ressemblait à un ring de boxe. Carré, minuscule et encerclée par une centaine de spectateurs impatients et déchainés. La DJette fait danser la foule avant qu’une jeune femme annonce au micro les prochains numéros. Lulu me rejoint deux bières en main, la soirée peut désormais démarrer.

C’est un trentenaire charmant au physique d’apollon qui ouvre le show. « Si ils sont tous comme ça, ça va être plutôt sympa ! »

Musique lancée, il se déhanche sur le rythme alternant plusieurs poses sexy, puis se déshabille tout en se trémoussant et finit après 3 minutes, nu. Oui, vous avez bien lu : Complètement nu.

 

Je suis restée bouche bée pendant plusieurs secondes. Si lui n’était pas du tout mal à l’aise, je l’étais pour lui. Gênée et très intimidée par autant d’audace. Les filles autour de moi étaient surexcitées, applaudissant et criant à tout va. Voir un homme nu à un sacré effet. Je n’ai pas osé regarder plus bas mais j’avoue cela n’a pas duré, car croyez-moi les shows comme celui-ci se sont littéralement enchainés.

Des hommes nus, alternant les déhanchés sensuels avec un regard provocateur tout en mimant les actes sexuels. 

 

Un mélange de Fool Monthy et Magic Mike.

 

J’étais au milieu de cette foule venue en bande, en couple ou comme nous, entres filles profitant de cette soirée pour… Pourquoi, d’ailleurs ?! Pourquoi nous étions des centaines dans ce bar ?! Pour voir des gens nus ?! Pour se rincer l’œil ? Pour se comparer ?! Pour se moquer ?! Pour fantasmer ?! Ou simplement pour se renseigner sur la taille au Canada ?!

 

Joker.

 

Le reste de la soirée s’est transformée en véritable « performance artistique ». Exit les biscottos, bonjour les intellos.

Et c’est ceux là qui ont gagné.

 

Le premier à m’avoir émue c’est lui.

Un homme de soixante ans, ressemblant trait pour trait au professeur Tournesol avec ses cheveux grisonnant et sa veste en tweed.

« Ce serait-il perdu ce Monsieur ?! »  A peine avait-il mis un pied sur la scène que déjà les femmes comme les hommes l’ont applaudi et encensé. Sous ses lunettes de vue, il ne pouvait cacher son étonnement.

« Vais-je vraiment voir un homme de l’âge de mon père se mettre nu devant moi ?! » J’étais trop proche de la scène pour m’échapper et même temps bien trop curieuse de voir sa performance pour la rater. Il n’a pas minaudé, étant juste lui même. Il s’est mit à enlever sa veste, sa chemise et puis son pantalon. Rien d’extraordinaire me direz-vous mais voir un homme de cet âge, se déshabillant tout en finesse sur de la musique classique, entourés d’une centaine de personnes, c’est beau et surtout très touchant. Il s’est mis nu et on l’a applaudit à tout rompre.

 

Comme on le dit très souvent, « les jours se suivent et ne se ressemblent pas » et bien, c’était exactement le cas hier soir. Les shows se suivaient et ne se ressemblaient pas.

 

Après l’artistique, nous avons eu droit à l’acte politique. Cette fois-ci, ils étaient deux sur scène.

Deux hommes, l’un brandissant un panneau « We want the wall » et le deuxième déguisé en Mexicain avec un voile devant le visage. USA Vs Le Reste du Monde.

Ils se sont déshabillés l’un après l’autre, tour à tour sur fond d’hymne Américain. Au moment où l’un deux a sorti le masque de Trump de son caleçon, la foule s’est alors empressée de crier leurs aversions et leurs colères contre ce nouveau Chef d’état. Nus comme des vers, le drapeau des USA sur le dos, ils ont conclus le show avec un baiser à pleine bouche. Du politiquement incorrect comme on aime. Ils sont sortis sous les sifflets des hipsters en délire.

 

Place aux femmes.

Et quelle femme ! Dans la rue, cette fille n’aurait même pas attirée mon attention. Hier soir, elle nous a bluffé. Elle est montée sur scène sans musique, sous le brouhaha des spectateurs de plus en plus alcoolisés. Debout immobile, elle s’est mise à regarder un à un les visages face à elle. Exit le pull, ses chaussures, son legging… Elle n’avait aucune sensualité dans ces gestes mais une vraie grâce dans son attitude. Pourtant, elle n’est pas ce qu’on appelle une « jolie fille ». Corps imparfait et visage marqué. Qui est-elle ?! Que veut-elle nous dire ?!

Elle s’est retrouvée nue, devant la foule devenue calme et attentive. L’espace d’une seconde, j’ai pu apercevoir son corps trembler de peur. Elle était effrayée mais rien ne transparaissait dans son regard de femme déterminé. Et soudain, elle s’est mise à chanter.

Et elle a mit tout le monde d’accord. Une voix avec une telle sensibilité qu’on était tous, ébahis. Elle n’a pas réussi à faire taire les alcooliques du fond mais nous devant, étions tous à ses pieds.

 

Émue, je me suis retournée vers mes amies qui l’étaient toutes autant.

 

Je  n’aurai  jamais  pensé  ce  soir  là,  être  bouleversée  à  une  soirée  striptease.

 

Il n’a pas gagné mais lui, a été mon coup de cœur.

Ce n’est pas un ami mais comme on dit « l’ami d’une amie ». Si on est toutes venue ce soir là, c’était avant tout pour le voir et l’encourager. Il est comédien, chanteur et beau mec de surcroît. Lorsqu’il est monté sur scène, nous étions toutes aussi stressée que lui. Il s’est mis à sourire, puis à danser et a dévoilé son corps de Dieux Grec. Résultat, le public était en délire et nous, euphorique. Mon clush n’a lui malheureusement pas résisté à ma surexcitation. La richesse de Stevens ce soir là, ce n’était pas l’enveloppe de billet mais les étoiles dans les yeux de nous, ses fans adorées.

 

Alors, qui a dit qu’il ne se passait rien à Vancouver ?! Des soirées comme celle-là, je ne sais pas si elles existent à Paris ou ailleurs. Quand on parle de Striptease, on imagine déjà l’effeuillage, le Lido ou autres clubs avec des femmes fatales.

 

Hier soir, j’ai compris que le Striptease est avant tout une mise à nu de soi, de son corps, de la personne que tu es, de ce que tu représentes et de ce que tu veux donner.

C’est aussi un moyen d’expression, une manière de dénoncer, de raconter et aussi de dévoiler.

 

En deux mots, j’ai adoré.