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Story # 17 : Le jour où mon appart et moi nous nous sommes trouvés. 

Ecrit avec amour et humour le 12.02.2017

Toutes les bonnes choses ont une fin.

 

Seulement, on ne sait jamais quand elle arrive.

Doit-on vivre le reste de sa vie dans une colocation ou dans une boite en carton sous prétexte que nous n’avons pas de CDI  ?!  Mais qui a inventé ces règles à la con  ?!

Je n’ai pas de CDI, ni de Résidence Permanente au Canada mais je me suis pris le luxe d’aménager dans mon propre appartement. N’en déplaisent à certains. Je ne vais pas faire l’innocente, je savais tout depuis le début.

La maison où j’avais eu la chance de poser mes valises au mois d’Octobre dernier était une solution temporaire. Mes colocataires Charlotte et Miro seraient ma famille à Vancouver mais seulement pour quelques mois. Cela ne m’a pas empêché de m’attacher à eux et de prendre mes petites habitudes dans le quartier de Yaletown: L’adorable café Galerie, la bibliothèque à deux blocs et mon cours de Yoga sur le trottoir d'en face. 

L’idéal.

Ce soir là, j’étais remplie de doutes. Un moment de bas comme parmi tant d’autres. Questions après questions restées toujours sans solutions. Le genre de soirée où rien ne va et en plus ton frigo est vide. Même pas un carré de chocolat pour te réconforter.

 

« Andréa, nous mettons la maison en location plus tôt que prévu, notre départ s’est avancé. Nous partons dans deux mois, exactement. » « Tu veux dire au mois d’Avril ?! » « Je dois trouver un nouveau toit avec ma situation qui est aussi stable qu'un flambi dégueu ?! »

 

J'ai eu deux réactions: La première, la peur et la panique et la deuxième, la confiance et la foi. Tout ça, en quelques secondes. 

Peur :

Mais comment je vais faire ?! Pourquoi là ?! Pourquoi maintenant ?! J’étais bien posée avec mes habitudes et mon quotidien et encore une fois, je dois faire face à une nouvelle aventure… Mais bordel, laissez-moi tranquille !

Confiance :

Mais tu as enfin l’opportunité de chercher et de trouver ton propre appartement ! Ton cocon à toi. Celui qui te manque depuis des années ! A force d’épingler des idées sur Pinterest, tu vas enfin pouvoir les réaliser ! Allez, c’est parti pour une nouvelle aventure !

 

Et puis, j’ai du aussi faire face aux réactions de mon entourage ici. 

«  Pourquoi tu ne veux pas vivre encore en colocation ?! » « Cela te reviendrait moins cher, tu sais ?! » « Tu n’as même pas de travail fixe ! » « Pour chercher mon appartement, j’ai mis plus de 3 mois ! » « A Vancouver, il y a une sacrée concurrence entres futurs locataires ! »

 

Vais-je survivre à ça ?! A toutes ces réflexions et pseudo conseils qui me plombent plus qu’ils me boostent. A trop écouter autour de soi, on ne s’entend plus soi-même.

Alors, je me suis fais confiance et j’ai cherché. J’ai décroché une première visite le lendemain qui s’est soldée par un échec. Oui, on ne vit pas dans le monde de Disney. Pourtant j’y avais cru, quartier sympa, espace à vivre lumineux et prix à peu près raisonnable. Mais non, ce ne sera pas moi qui hériterai des clés mais cette jolie brune qui a fait la visite en même temps que moi ce jour là.  

Allez sans rancune.

 

« Si vous entendez parler d’un appartement qui se libère, je suis preneuse… » J’ai vite compris qu’ici ça marchait aussi beaucoup comme ça. Les connexions, les fameuses connexions. Connaître la bonne personne qui t’aidera au bon moment. Le coup de pouce qui se transforme en coup de chance. Il faut savoir planter des graines un peu partout.

 

Quelques semaines plus tard, en regardant l’heure sur mon portable, j’ai vu ce message:

« Il y a un appartement qui se libère dans mon immeuble le 1er Mars. Le concierge veut bien que tu le visites avant qu’il ne mette l’annonce sur internet. »

 

Suis  bien  réveillée  ou  est-ce  encore  un  rêve  si  parfait  soit-il  ?!

Non, il est 7h et ce matin, la réalité est aussi douce qu’un rêve. Une journée qui démarre parfaitement, n'ayant qu’une envie, celle de danser comme le font toutes les princesses Disney.

Dans deux jours, c’est la rencontre. 

Déjà conquise par le quartier qui est au bord de mer mais aussi à quelques mètres du Stanley Park, je passe ma soirée à imaginer à quoi peut ressembler mon futur "chez moi". Ici comme partout, il y a des taudis, des studios minuscules, insalubres mais tout autant de pépites, de bonnes surprises et autres cocons lumineux.

Hâte.

 

9h50.

Mais non. MAIS NON ?! MAIS NOOOOOOON ?!

Vous l’avez compris ?!

Je me suis réveillée 10 min avant mon RDV.

 

Panique :

Mais pourquoi aujourd’hui ? Pourquoi le jour où tu ne te lèves pas, c’est le jour de la visite ?! Bordel ! T’assures pas du tout ma pauvre fille ! En plus, c’est le jour où tu as les cheveux pleins d’huile d’argan… La totale.

Foi :

Allez c’est pas grave… T’enfiles ton jeans, ton sweat, ton bonnet pour cacher la misère et tu files.

 

A 9h55 j’avais déjà les pieds dehors. Je découvre dans la vitrine du coiffeur, mon visage avec une grosse marque d'oreiller. Parfait, de quoi faire une superbe impression! Je cours comme une forcenée un dimanche matin alors que la plupart des Vancouverites eux, étaient tous ultra détendus après leurs cours de Yoga, smoothie protéiné à la main.

 

J’arrive devant l’entrée du STARLITE avec dix petites minutes de retard, joues rouges et souffle coupé. J’ai toujours aimé ce nom, je le trouve génial. C’est vrai, je ne vous ai pas dit mais l’appartement disponible se situe dans le même immeuble que mon amie Marika. 

C’est elle qui m’a trouvé ce plan. Et c’est elle aussi qui m’avait envoyé des dizaines de textos à 9h30 pour être sûre que je sois bien présente au rendez-vous. Elle commence à bien me connaître. Je sonne chez elle en catastrophe, monte me mettre au moins du mascara et un peu de rouge à lèvres, ayant encore l’espoir de faire une bonne impression.

 

L’appartement se trouve au rez de chaussée. Je fais la connaissance de ce vieux Monsieur au sourire rieur qui m’accueille et me souhaite la bienvenue. Il prend les clés dans son bureau et ouvre la porte.

Et LÀ.

Lorsque tu poses ton premier regard sur l'homme désiré. Lorsque tu vois ce gâteau délicieux dans la vitrine de ton pâtissier préféré. Lorsque tu aperçois parmi les articles de cette boutique, cette veste que tu adores déjà.

 

Coup de Foudre.

 

A peine avait-il enlevé les clés de la serrure que déjà la vue de l’entrée me plaisait. L’immense baie vitrée éclairait d'une douce lumière la cuisine américaine et le grand séjour.

…. Vous  savez  quoi ?! C’est  là  que  je  veux  vivre. Bienvenue  chez  moi, les  gars.

 

Le concierge me parlait caution et loyer mais j’étais déjà bien trop occupée à imaginer comment je pouvais l'emménager. Ai-je le droit de vivre ici ?! Ne serait-ce pas une folie ?! C’est vrai, ma Vie à Vancouver n’est pas définitive. Je n’ai pas de salaire mensuel à cinq chiffres, je n’ai pas la sécurité de l’emploi, ni de sécurité financière et je n’ai même pas de matelas à moi.

Y ai-je vraiment droit ?!

Il n’y a pas de questions à poser, le droit je l’ai simplement pris. Avoir une opportunité pareille serait là, une véritable folie de la refuser. C’est une chance, je n’ai fais que la saisir. Encore une fois, j’ai foncé et encore une fois, je ne l’ai pas regretté.

 

En traversant l’appartement, je me voyais déjà me lovant dans mon lit après une longue journée de boulot, prenant une douche chaude les matinées glacées, préparant un p’tit brunch dans ma minuscule cuisine, travaillant à mon bureau face à la baie vitrée, invitant les amies à boire un bon verre de vin sur la terrasse les soirs d’été….

 

En quelques secondes j’ai tout vu et lui, je l’ai tout de suite voulu. Et cela a été réciproque. Notre histoire d’amour commence dans 3 semaines.