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Story # 18 : Le jour où j'ai senti le manque. 

Ecrit avec amour et humour le 18.02.2017

Ne les regarde pas dans les yeux,

tu vas toi aussi te mettre à pleurer. 

Mes bagages étaient enregistrés et moi, je n'osais pas croire que j'allais les quitter. Pas pour seulement deux jours, une semaine ou quelques mois mais pour un minimum de deux ans. Ou plus, très certainement.

Comme une envie de leur dire " Allez Bye bye, on va s'revoir vite!"  mais c'était mentir, SE mentir. Alors, on s'est serrés dans les bras avec nos yeux remplis de larmes en chuchotant des mots d'amour. Monte dans cet avion, ton mal au cœur passera ma belle. 

 

On s'aime et on se quitte.

L'expatriation est presque similaire à une rupture. Tu quittes les personnes que tu aimes pour en rencontrer des nouvelles que tu aimeras tout autant. Sauf que là ce n'es pas ton ex que tu quittes ma ta famille. Et une famille tu n'en as qu'une, irremplaçable, unique, elle est ton sang, ta chair, ton cœur, une partie de toi. 

 

Ce  n'est  pas  la  première  fois  que  je  fais  le  choix  de  poser  mes  valises  ailleurs  mais  cette  fois-ci  à  30 ans,  j'ai  su  que  ce  départ  n'aurait  pas  de  retour.

 

Ce soir là lorsque j'ai éteint FaceTime, ce mal au cœur est revenu. Comme un ballet d'émotions oppressant tout mon être. Je me suis allongée sur mon lit, fermé les yeux et voyagé l'espace d'un instant... Le souvenir du parfum de sa peau lorsqu'elle me prend dans ses bras, les regards complices avec mon frère, celui bienveillant de ma sœur et la tendresse douce de mon père.  

Les larmes coulaient sur mes joues.

 

Personne ne m'a poussé à partir, j'ai juste écouté mon intuition. La vie choisie ici se déroule désormais sans eux. Quelle est la véritable raison d'une expatriation? Découverte, nouvelles opportunités, liberté OUI mais avec le cœur qui saigne. Pourquoi faire le choix de vivre loin de ceux que tu portes dans ton cœur?

 

On s'envole vers le nouveau "moi" en laissant tout derrière soi, y compris les être aimés. L'expatriée que je suis le sais, jamais je ne serais comblée, ma vie s'étalant sur deux continents à présent. A Vancouver, ils me manquent et en vacances en France, mes Vancouverites me manqueront tout autant. Comme un arrière-goût amer du divorce de mes parents. Peut importe où je serais, le sentiment de manque sera toujours présent. 

 

Je considère ma famille comme un cadeau de la vie. Ils sont tous imparfaits c'est vrai tout comme moi mais qu'est ce qu'on s'aime! Mais oui bordel, qu'est ce qu'on s'aime... Il y a seulement quelques mois, je ne me rendais pas compte de ces moments que l'on partageait ensemble. Cela faisait partie du quotidien, rien d'exceptionnel me direz-vous. 

 

Et bien en fait non, ces petits moments du quotidien vont devenir rares et précieux. De l'ordre de l'exception. Qu'est ce que je ne donnerai pas pour passer un moment avec eux, rien que quelques minutes:

- Écouter mon grand père raconter sa rencontre avec le général de Gaulle pour la millième fois.

- Passer la soirée à parler avec ma mère auprès du feu entre confidences, et précieux conseils. 

- M'ennuyer profondément pendant les longs débats de fin de repas entre ma sœur suffragette et mon frère réfléchis.

- M'installer avec mon père, magnum à la main dans les salles sombres du cinéma "Le Diagonal"

- Maquiller, coiffer et manucurer ma tante Nicole adorée

- Rires aux éclats avec eux autour d'un bon rosé frais et d'un excellent Saint Honoré. 

C'est facile de se plaindre de sa famille, ne pas comprendre les réactions des uns et ne pas aimer les comportements des autres, les détester et la minute suivante ne plus vouloir les quitter.

Et c'est tout aussi dur d'admettre à plus de 8000 kilomètres qu'ils nous manquent tous. Avec leurs petits défauts et leurs grandes qualités. Ou leurs grands défauts et petites qualités. Ouais, c'est dur de les voir chacun derrière un écran à se raconter et s'écouter. Ne pas ressentir la chaleur des étreintes, ne pas se regarder vraiment mais se contenter de se voir, ne pas arriver à déceler le vrai "Oui, tout va bien" au faux "Ouais t'inquiète ça va". 

On passe des larmes au rires pour finir sur un "Je t'aime".

 

L'amour est invincible, c'est pas la traversée de l'océan Atlantique qui lui a fait peur! Depuis cette séparation, je ne les ai jamais autant aimé. Heureuse de lire leurs messages le matin et curieuse de connaître leurs actualités le soir. Avant, je pensais que m'installer loin d'eux était le seul moyen de vivre ma vie. Ma propre vie. Quitter la jeune fille timide et laisser sortir la femme ambitieuse. Apprendre à écouter autour de soi mais avant tout, ne pas oublier de s'écouter soi même.

 

Me retrouver seule face à l'adversité à l'autre bout du monde m'a permis de développer des qualités et une force insoupçonnée. Il est vrai qu'auprès d'eux, je ne l'aurai jamais su. Les quitter eux, pour me découvrir moi. Le sacrifice en vaut la peine, j'en suis désormais convaincue. 

 

Cette séparation serait-elle devenue bénéfique au fil du temps à la femme que je suis en train de devenir? J'aurai tendance à le penser même si mon cœur lui a du mal à cicatriser. 

Enfin, je crois que le meilleur des remèdes dans ces cas là, c'est d'avoir avant tout un convertible moelleux dans son salon, non?!