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Week # 3 :Team Leader au Vancouver Film Festival.

Ecrit avec amour et humour le 19.10.2016

Bonjour, je m’appelle Andréa

et

je fais carrière dans le bénévolat.

J’avoue, c’est un peu ça en ce moment…

J’étais tellement boostée par mon expérience Fashion Week que j’ai postulé tout naturellement au VIFF. Formulaire rempli + CV en pièce jointe et le tour était joué. J’ai obtenu un rendez-vous téléphonique le lendemain. Barrière de la langue ?! Je n’ai même pas eu le temps d’y penser. J’ai sauté le pas en décrochant mon téléphone et en prononçant avec mon accent bien Français :

 

« Allô ! »

 

 

Mercredi 28 Septembre :

 

Le Festival commence demain et je ne sais toujours pas quel sera mon poste. Pas d'entretien, ni de mails reçu. Serait-il possible de se passer de moi en tant que bénévole?! Leur silence serait-il simplement une bonne raison pour trainer dans mon lit en me remettant doucement des mes émotions Post VFW....?! J’ai résisté à l'appel de cette douce tentation et je suis sortie à l’affût de la moindre information.

« Hey, I apply to be a volunteer, I need to see Brie! »

« Yes, it’s me. What can I do for you ?! Maybe, it’s better if you speak to Sean. He's in charge to the volunteer’s team».

 

Très bien. Et où est ce charmant jeune homme ?! 

Charmant oui, pédagogue aussi, mais surtout pressé. Il a malgré tout pris le temps de m’expliquer les différents postes que j’occuperai pendant le Festival.

«You’re a Team Leader. The Team Leader is responsible for ensuring that VIFF volunteers have the support, knowledge and tools required to succeed in their roles, for communicating team successes and challenges to the venue manager, and for creating a fun working environment. »

À ce moment-là, je ne me suis pas retournée, je savais que c’était à moi qu’il s'adressait. Moi, Team Leader ?! Manager d’équipe?! Vraiment ?! Pourquoi m’offrir un poste à responsabilités ?! Les gars, vous êtes fous, je ne sais même pas me manager moi-même... Je n'aurai pas dû envoyer mon CV, je le savais.

Je repars avec mon Pass et mon Tee shirt de volontaire dans mon sac à dos. Excitée oui, je le suis toujours à l’idée d’avoir des nouveaux défis mais je passe toujours par la phase:

- Question : « Mais pourquoi tu fais ça ? Personne ne t’y oblige, tu sais ?!

- Colère: "T'es complètement folle ma pauvre!"

- Peur : « Non, je ne vais pas y arriver, c’est sûr. J’en suis totalement incapable. »

 

... Et enfin la phase Warrior: « LET'S GO, LET'S DO THIS ! »

 

Vendredi 30 Septembre :

 

Ce matin dans mon lit, je me décide enfin à lire le prospectus que l’on m’a donné deux jours avant. Être Team Leader demande tout de même à avoir quelques connaissances. Je travaille dans l’équipe « Exhibition » c’est-à-dire s’occuper de l’accueil des spectateurs, les informer sur les films présentés, répondre à leurs questions et s’assurer enfin que chacun ai une place confortable dans la salle de projection. Rien de très compliqué, c'est vrai. Ce sera surtout un bon moyen de pratiquer mon anglais. Je déjeune en regardant le programme et me rend compte qu’ils ont une belle sélection, surtout une quinzaine de films Français. Ok, je veux tous les voir !... Je travaille quand déjà ?!

 

Premier jour du Festival.

Je profite de mes quinze minutes d’avance pour découvrir « The Center » un des sept lieux où sont projetés les films du Festival. C'est immense, trois étages et plus de 1800 places. Je fais le tour du propriétaire et apprécie le silence avant l’arrivée de la foule. J’enfile mon Tee - Shirt jaune de volontaire que je déteste déjà. Non mais, JAUNE ?! Pourquoi?! Ça va à qui le jaune ?! À Personne, bordel! En plus, la taille est dix fois trop grande… Heureusement ma veste de Costume noire et mon Badge viennent à ma rescousse mais c'est peine perdue. Non mais, JAUNE POUSSIN bordel !!

Je rencontre les autres volontaires, il y a des jeunes et d’autres un peu moins jeunes, un panel de 19 à 77 ans. Vive la diversité ! Nous sommes deux Team Leader aujourd’hui, Mickael et moi. Il n’y a pas que la différence d’âge qui nous différencie mais l’expérience aussi: C’est son 10ème Festival.

« If I have questions, can I ask you Mickael ?! »

« Of course, Honey ! »

 

Qui dit Avant-Première dit Tapis Rouge ! Alors oui à défaut de le fouler avec une jolie paire de talons, me voici assise sur le sol avec l’aide de plusieurs volontaires, en train de l’installer. « Séquence : Met ton ego de coté et va bosser ! »

Quelques minutes plus tard, le tapis était parfait et les invités tous très apprêtés. Par contre le film Canadien présenté était loin de faire l’unanimité, « Milton’s Secret » n’a pas récolté les honneurs qu’il attendait.

« C’est le pire film que je n'ai jamais vu ! » me dit un spectateur à la sortie du film.

Ah oui, très loin de faire l’unanimité.

 

Le Centre est vide, les portes sont fermées, j’enlève enfin mon Tee-Shirt et pars retrouver les bras de Morphée.

 

Samedi 1er Octobre :

 

Aujourd’hui, tout le monde a la pression.

Enfin tous, sauf Zoé, notre Venue Manager. Elle gère l'équipe avec son sourire et a toujours cet enthousiasme qui enchante les hommes comme les femmes. Elle aime son job et cela se voit. Travailler avec elle est d'une telle simplicité, c'est un vrai bonheur. Je l'observe et me dis que oui, elle me fait penser à moi lorsque je travaillais en France sur les tournages. Professionnelle et passionnée à souhait. Objectif dans quelques mois, être aussi à l'aise sur un plateau qu'elle l'est avec nous.

Au programme du jour: « Birth of a Nation » film controversé qui obtenu le Grand Prix au Festival de Sundance. L’histoire vraie de Nat Turner qui en 1831 conduit une révolte des Esclaves noirs dans le comté de Southampton en Virginie. Nous attendons cette après-midi beaucoup de monde et surtout le réalisateur et acteur principal, Nate Parker. En plaçant les sièges VIP dans la salle de projection, nous croisons des gardes du corps qui vérifient s'il n’y a pas de caméras ou de micros installés sous les sièges.

"Hey les Men In Black, c'est pas un peu too much?!"

 

Le tapis rouge est une nouvelle fois installé, nous sommes prêts. Je motive mon équipe de volontaires et les fais rire avec mon accent Frenchie. La présentation du film prend du retard et pour cause, la moitié des spectateurs font la queue dans le hall pour acheter du Pop Corn. Non, mais vraiment?! Vous êtes sérieux?! Ici, le Pop Corn c'est UNE religion.

Vingt minutes plus tard, j'entends les spectateurs applaudir dans la salle, je me précipite à l’intérieur et assiste au speech de Nate Parker. Je comprends que son film est vrai aventure, il nous raconte les difficultés qu’il a rencontré pour le produire, le tournage en seulement vingt sept jours… Il s’est battu, n’a rien lâché et a obtenu l'un des prix les plus convoités dans un des plus grands festivals de cinéma au Monde.

 

Son discours me galvanisera pour toute la soirée.

 

Vendredi 7 Octobre :

 

« Comment tu es arrivée à être Team Leader alors que c’est ta première fois au VIFF ?! »

Elle me posa la question avec son accent Québécois et c’est vrai que je n’ai pas su quoi lui répondre. J’avoue elle n'est pas la seule à se poser la question, moi aussi j'aimerai bien savoir. Je me suis rendue compte que ce poste-là n'avait rien de compliqué, j'étais largement capable de le faire. Les volontaires présents travaillent depuis des années au Festival, ils savent très bien ce qu’ils ont à faire. Le fait d’être « Team Leader » ne m’empêche pas de donner un coup de main pour nettoyer la salle entre les films, récolter et compter les votes du public, diriger mais aussi les aider. Être à ce poste ne veut pas dire que je suis meilleure qu’eux, bien au contraire, quelques fois j’ai eu des moments de doute et de blancs face aux questions des spectateurs. Heureusement à ce moment-là, un jeune volontaire est venu à mon secours.

On est une Team, pas vrai ?!

 

Ce soir, la plupart d’entre eux ont prévu de voir le film « Moonlight ». C'est un premier film et comme me le confirme Zoé, c'est complet. Je me laisse porter par cet engouement et décide d’assister moi aussi, à la projection. En fait, je dois dire que ce qui m’a plutôt enthousiasmé ce sont les spectateurs hommes ultras CANONS qui ont débarqué dans la salle. Hyper stylé, dégaine travaillée et sourire à tomber. Mais il parle de quoi ce film pour attirer autant de beaux mecs ?!

"C’est une histoire d’amour Gay."

 

Ah ouais, d'accord… J’comprends mieux.

 

Dimanche 9 Octobre :

 

Jour OFF. 

Au programme de ce dimanche  « L’avenir » un film de la réalisatrice Mia Hansen - Love. En arrivant devant le cinéma, je me rend compte que je ne suis pas la seule à l’avoir choisi pour animer mon après -midi. Je dégaine mon PASS magique et rentre dans la salle.

« This seat is available ?! »

Je reconnais son accent Français et l’invite à s’asseoir à coté de moi.

« Bonjour, je m’appelle Bérénice. »

Elle est très élégante mais elle est Française après tout, c'est logique. Nous nous présentons mutuellement et commençons à bavarder. Elle vit à Los Angeles où elle donne des cours de Cinéma dans la prestigieuse « California Institute of the Arts » et travaille aussi en tant que Critique. Impressionnée par son parcours et son naturel, je lui parle de mon aventure à Vancouver et de ma passion pour le cinéma. Elle a juste le temps de me donner sa carte de visite avant que les lumières ne s’éteignent. Après avoir applaudit le joli film Français, elle se lève et me dit:

« Je dois y aller mais appelle moi cette semaine, ce serait bien de boire un café ensemble. J’aime les personnes qui ont des parcours comme les tiens. »

En mettant sa carte dans mon sac à main, je me suis rendue compte que je venais d’avoir l’un des contacts les plus intéressants depuis mon arrivée à Vancouver. En rentrant à la maison ce soir-là, j’ai passé la soirée à écouter les conférences de Mia Hansen-Love sur son film et sa vie de réalisatrice.

 

Cela ne m’a donné qu’une envie : Me remettre enfin, à écrire.

 

Mercredi 12 Octobre :

 

Ce matin, j'ai décidé de me réveiller avec le dernier film d’Andréa Arnold « American Honey » Prix du Jury au dernier Festival de Cannes. Contrairement à Dulé qui lui arrivera en retard, je suis déjà à l’entrée du cinéma avec un thé chaud entre les mains. Je m’assois et m’aperçois que je suis seulement la deuxième personne à attendre dans la file d’attente. Le premier est un jeune homme au look branché.

"I love you're hat. Where did you get this?!"

Nous avons passé l'heure entière à faire connaissance! A-J travaille dans une banque mais comme la plupart des 25-35 ans à Vancouver, il aime la mode, le cinéma et fait un peu de musique, aussi. Il ponctue notre conversation de « Oh My Gosh » « It’s AWESOME! » « Waoou, sounds great ! »

Sa ferveur me fait rire et ma soudaine facilité à discuter en Anglais me surprend aussi tout d'un coup.

« Ferais-je des progrès de jour en jour ?! »

Je rentre avant mais lui promet de lui garder une place. Dulé nous rejoint, il s’assoit à côté d'A-J et se découvre des amitiés en commun. Oui, Vancouver est décidément une petite ville.

 

Il est 15h30, cette après-midi là au Centre nous avons affaire à des spectateurs exclusivement féminins. En effet,  le film projeté est un documentaire sur la rédactrice en Chef du Vogue Italia. C’est intéressant comme chaque film détermine le genre et le style de ses spectateurs. Une fois les portes fermées, je monte deux à deux les marches, entre dans la salle sombre et m'installe sur les sièges réservés au VIP… absents.

 

Vendredi 14 Octobre :

 

Dernier jour, déjà ?! Malgré la tempête annoncée ce soir,  la file d’attente s'étend sur deux blocs. Rien d'étonnant, le film présenté est la Palme d'Or de cette année "I, Daniel Blake" de Ken Loach. 

Je travaille à l’extérieur avec mon acolyte, Aaron. Il est en charge de vendre les cartes de Membre (2 $) à TOUS les spectateurs qui entrent au Centre voir un film. Il me fait rire, il n’a qu’un mot à la bouche :

« Hi, do you have you’re membership ?! »

Certains l’ont et d’autres non. Pour ceux qui n’en ont pas, ils obéissent poliment et achètent leurs cartes (même le dernier jour du Festival ce qui est absolument une aberration pour moi). Alors oui, je me suis faites cette réflexion : Mais en France, comment cela se passerait-il?! J’entends déjà les réflexions : « Mais pourquoi ?! » « À quoi ça sert de l'avoir, on est le dernier jour ?! « J’ai déjà acheté mon billet » ou simplement « Pfffff… » Moi même la première, j’aurai réagi comme ça.

Mais c’est quoi leurs problèmes aux Canadiens ?!Pourquoi sont-ils toujours aussi dociles ?! Je ne comprends pas... Ils me fascinent.

Pour cette dernière soirée, je me suis pris une claque et je n’étais pas la seule: Charlotte et Miro, mes colocataires aussi. En sortant de la salle, je n’ai pu retenir mes larmes. C’est la première fois que je ressens autant d’émotions… Une seconde Palme d’Or largement méritée.

 

Les larmes séchées, je retrouve mon équipe pour le rangement du Centre. Étant donné que nous étions plus de quinze, c’était plié en moins de vingt minutes. Une vraie équipe de Minions avec nos beaux Tee-Shirt.

C'est vrai j'avoue avant de nous dire au revoir, on a pris des centaines de selfies, vidéos, Snaps, ajouter des dizaine de profils Facebook et Instagram, mais on s'est surtout donner rendez-vous dans la vie réelle le 29 Octobre pour la soirée de remerciement avec tout le staff et les plus de 1000 volontaires.

 

En quittant le Centre ce soir-là, je me suis faite la promesse de revenir en Octobre prochain avec un Anglais parfait et pourquoi pas un nouveau court métrage ou un scénario sous le bras.