Nouvelle : Let's make a date.

Ecrit avec amour et humour le 14.02.2020

Quand elle a répondu à la question du célibataire « Quelle est ta vision d’une nuit parfaite ? » et s’est empressée de dire à toute vitesse « … On prend la voiture, on regarde le coucher de soleil en haut d’une montagne avec un hamburger de chez AW, une frite de chez Macdo et un milkshake de chez Lucy's Eastside Diner ! »

 

…. J’ai compris que nous avons tous clairement une vision bien différente de la nuit parfaite et que oui, je vis bien en Amérique du Nord. Les paillettes, bordel ! On veut des paillettes !! Ou au moins, un verre de vin. Ce n’est pas si compliqué, enfin ! Il y a une semaine, j’ai fait un bond dans les années 80. Ou dans un sketch des inconnus. Au choix. Un vrai rétropédalage, un voyage dans le passé. Il y a une semaine, j’ai assisté à un « Tournez manège » en live, on stage.

 

Chaque jeu inclus obligatoirement un présentateur. Nous avons été servis, celui-ci manquait cruellement de pudeur. L’enfant de John Hamm et Keanu Reeves. Cinquantaine tapée, vomissant des blagues tour à tour drôles, sexistes, choc. Sa veste était aussi vintage que le concept du jeu… Où suis-je, bon Dieu ? Un fauteuil rouge en forme de cœur trônait au milieu de la scène. Aussi rouge que mon rouge à lèvres, aussi rouge de honte qu’était le visage des participants. Un homme pour trois femmes. Trois hommes pour une femme. Et un public aussi attentif que curieux. Assis, impatients avec leurs verres de bières, de coca, accompagné d’un sachet de pop-corn salé. Non j’avoue moi non plus, je n’ai pas pu résister à l’appel du maïs doré... Ils ont tous envoyé une vidéo se présentant, quelques semaines plus tôt. Un casting de célibataire. Se filmer pour charmer. Se filmer pour avoir une chance de participer. Se filmer pour jouer. Se filmer pour être aimé. Ou disons-le sans honte, se filmer pour avoir enfin peut être une chance de baiser.

 

Tous les styles, tous les âges, toutes les professions. Une femme aux cheveux bleu. Un ingénieur intimidé. Un trentenaire moulé dans son pantalon rouge. Un comédien au sourire ravageur. Une web designer apprêtée dans sa robe fleurie. Un casting éclectique avec l’espoir de rencontres authentiques ? C’est un simple rideau qui séparait les futurs sur scène. Seules les réponses aux questions avaient pour but de créer une alchimie, de déceler l’attraction, la possibilité d’un début de relation. Et certains ne manquaient pas d’imagination :

 

« Nous venons de nous disputer, que me dis tu pour te faire pardonner ? » «

 Dis-moi bonne nuit de ta voix la plus sexy. »

« Qu’est-ce que tu aimes le plus chez toi ? »

« Quel est le motif de ta dernière rupture ? »

« Quelle est ta plus grosse honte ? »

« Que ferais-tu un dimanche de pluie ? »

 

Pour une fois, ce n’est pas le physique qui est mis en avant mais la personnalité, la répartie, la drôlerie. Pour une fois le physique n’est pas le roi. Cependant, je ne suis pas certaine que les gagnants se soient éternisés tard dans la soirée, le comédien ayant choisi une fille beaucoup plus grande que lui, la web designer serrant la main du célibataire impatient, après avoir découvert son visage…Non, rien de très excitant. Drôle, oui sûrement.

 

Doit-on faire des soirées comme cela pour oser se parler ? Dépasser sa timidité. Oser se regarder. Oser s’aborder. Sommes-nous venus car nous sommes tous désespérés ? Désespérément Seul. Sans cesse à se questionner pourquoi le célibat ne veut pas nous lâcher ? Nous sommes tous connectés, mais disons-le, très peu de nous assume de se parler. Les réseaux sociaux n’ont fait que nous éloigner. Les participants sont tous fatigués des dating apps. Faire une pause. Ne plus avoir envie de swiper. Se rencontrer en vrai. Mais est-ce aussi simple qu’il n’y parait ? La magie, l’attraction cela ne se contrôle pas. Même avec une mise en scène aussi cool que celle-là.

 

A cette soirée, nous étions tous impatient d’assister au coup de foudre. Au coup de cœur. Game over. Je n’ai pas voulu jouer. Je ne veux plus jouer. Je suis restée assise, questionnant sur ma présence à ce genre de soirée. Ai-je besoin de cela ? Suis-je devenue un cliché, un produit, une fille de ma génération qui jour après jour continuer d’avancer, ne cessant jamais de croire à l’amour. L’amour, le vrai. Sur le chemin du retour, enroulée dans ma fourrure à 40$, j’ai traversé la nuit emplie de doutes, d’interrogations. Mon téléphone y mis fin lorsque je reçu un message de cet homme aussi incompréhensible qu’insaisissable. Comme le célibat, il a lui non plus décidé de ne pas me lâcher. Olalalala, je ne sais plus trop quoi en penser !

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