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Nouvelle : Le Yoga.

Ecrit avec amour et humour le 13.03.2019

« You are a beginner. » Moi, une débutante au Yoga ? Hahaha mais c’est qui celui-là ? Pourquoi il me dit ça ? Est-ce qu’il a vu comment je positionne mes jambes parallèles à mes bras ?

Sur le toit terrasse de la Guest House en cette matinée ensoleillée, ce petit maître Yogi a foutu une sacrée claque à mon égo surdimensionné. Seul à seul, il m’a lâché cette bombe comme ça. Cette vérité qui n’avait pas sa place dans ma vision parfaite de la Yogi que je suis avec sa brassière Lulu Lemon et son entrain survitamminé. J’avoue, j’ai moins fait la belle tout d’un coup. Ma fierté a été ravalé. Sur place, il m’a carbonisé. Et les gars, vous sentez pas cette odeur de brûlé ?! Je pensais qu’il plaisantait mais non, son regard sérieux m’indiqua cette triste fatalité. Je suis une débutante. Ah bon ? Et les un an de Kundalini, Yoga Hata et vinyasa, ça ne compte pas ?

Ben non.


La contrariété n’avait de cesse de monter le temps de ce cours particulier. Pourquoi ai-je réagis ainsi ? Pourquoi son jugement a-t-il pris autant de pouvoir sur la personne que je suis ? Pratiquer du Yoga énervé, c’est une absurdité. Il serait peut-être temps de se calmer. Et de respirer. RESPIRE. Apprendre enfin à respirer, c’est cette opportunité qui m’a été donné. Je l’ai enfin compris assise face à lui. Merci petit Maître Yogi. Beginner de la respiration, je suis. C’est vrai, je ne sais pas respirer. Je ne sais pas respirer par le nez. Le pranayama, ce n’est pas aussi simple que ça. Un an de Yoga au Canada et tu ne sais boucher tes narines correctement, c’est une blague sérieusement ? Comment ai-je pu passer à côté de cette pratique si simple, pourtant ? Ai-je fais du Yoga sans connaître véritablement la force méditative de ce sport là ? Le Yoga n’est pas qu’une histoire de posture sinon cela devient du Kamasutra. Je n’ai jamais prêté d’attention à la méditation.
Grosse erreur, c’est par là je crois que l’on commence à se connecter à soi. Serais-je en train de m’apercevoir que ce que je sais, c’est que je ne sais rien.

 

Suis-je ici pour tout apprendre ?
La respiration.
La méditation.
Le Yoga
Et moi ?
Suis-je ici pour enfin, tout comprendre.

« Pour pratiquer au mieux le Yoga, tu dois être en accord avec ton corps et l’accepter. » Ce nouveau professeur lui, ajouta sa touche de psychologie à ce cours particulier. Habillé tout en orange avec une barbe de hipster et un bandeau dans les cheveux, il me regarde avec ses yeux lumineux tout comme son ensemble coloré harmonieux. « Le bas du corps, c’est là que sont gardé toutes tes émotions. Le corps a une mémoire, tout y est inscrit. » Mon corps serait-il le miroir de ma vie ? Serait-il le reflet de la façon dont je vis ma vie ? Et dont les émotions sont vécues et ressenties ? Comment ne l’ai-je pas encore compris ?

Le Yoga me paru cette fois, non plus comme une simple envie de me muscler mais avant tout d’accepter enfin mon corps comme il est. Être en accord avec mon corps. Etre en accord avec moi. Faire la paix avec qui je suis, ce que j’ai vécu et ce dont j’ai vraiment envie. « L’acceptation de son corps est la première étape au Yoga. Je ne pourrai jamais t’enseigner si tu ne comprends pas cela. Tu dois prendre le chemin qui te mène vers l’acceptation de soi. » Le cours se finit sur cette phrase qui résonna très fort en moi. En serais-je encore là ? N’ai-je pas du tout avancé ? Mon corps ne sera jamais parfait, mais il le sera le jour où je l’accepterai enfin comme il est. Pourquoi me détacher autant de moi donnant le pouvoir de juger en permanence mon apparence ? Qu’est ce que j’y trouve ? De la frustration ? De la colère ? Ce comportement génère un goût amer pour la vie et la femme que je suis. « Se rejeter soi-même est le plus grand péché que vous puissiez commettre. »

L’acceptation de son corps est le travail d’une vie. Celui de ma vie ? Dois-je pratiquer le Yoga à Varkala pour commencer à comprendre cela ? A m’accepter telle que je suis. A me pardonner, aussi. Cette nuit là, je n’ai pas dormi. Le lendemain matin, mes fesses molles, mes petits pieds et mes hanches trop rondes ont décidé d’emprunter ce chemin. Allez va de l’avant, pardonne, aime, la vie ne te veut que du bien ! Sur le toit terrasse face à lui, je m’allonge sur le tapis. Mon corps se détend, le bruit de l’Ocean calme mon feu, c’est enfin le moment. Les postures s’enchaînent sous son regard attentif. L’avantage des cours particuliers c’est qu’il est là pour te corriger, il s’adapte à ton rythme, à ton niveau de yoga. Le point un peu moins positif, c’est qu’il ne te lâche pas, te pousse à aller un peu plus loin à chaque fois. « Is it bad pain or good pain ? » me demande t-il, assis sur mon dos tout en décontraction, mes mains touchant mes orteils et ma tête, mes genoux. « Good pain, good pain !»  Mon professeur est complètement fou, je crois. On ne rencontre que les personnes qui nous ressemble, n’est ce pas ?!

Jour après jour, mon corps s’est détendu, mes muscles se sont distendus et ma cellulite, elle n’a toujours pas disparu. Qu’importe, j’ai enfin réussi à inspirer / respirer les narines ouvertes, puis fermées. La connexion s’est enclenchée, vive la liberté ! Je me suis laissé aller, sans jugement, ni peur de me blesser, me connectant enfin à ma légèreté. J’ai fais confiance et disons le, lui et moi, nous avons bien rigolé…. Comme ce jour où mes fesses se sont collées près de mon nez.

Sérieusement ? Je suis aussi souple que ça ? Vous êtes sûre que c’est moi qui suis en train de faire cette position là ? Les coudes au sol, le corps en l’air — puis les mains derrière le dos, tenant sur une jambe, tête en bas. On est capable de tout, ça ne s’invente pas. La puissance du Yoga va bien au-delà de ces postures jambes en l’air tête en bas, tout comme la vraie puissance de notre moi. Cette expérience de Yogi m’a finalement appris l’essentiel : Notre pouvoir personnel nous permet de repousser nos propres limites en se donnant enfin la liberté de vivre de nos choix en commençant par celui de s’aimer sans condition et ce pour l’éternité.