Nouvelle : Revenir.

Ecrit avec amour et humour le 02.07.2019

Rentrer chez soi, ne trouver aucunes différences. Tout est resté là. En place avec la vie de + 9 mois.

9 mois sans moi, loin de toute cette vie-là.

 

J’ai ouvert la porte doucement, tout émue comme les premières fois. Comme pour toutes les premières fois, mon cœur battait. Très fort. Alors c’est cet effet-là, les retrouvailles avec soi. Les larmes, les pleurs, le mélange de joie. Le moment était silencieux comme sacré. Comme les premiers pas dans une église, comme les petits pas dans une maternité, comme si cet instant était rempli d’une pure fragilité. Allume ta caméra, je suis prête à observer l’année qui est passée. Elle est partout dans cette maison, sur les murs, les meubles, les photos, les accessoires, les petits mots. Seule parmi eux. Accompagnée dans le passé.

 

L’escalier fait toujours autant de bruit, les chapeaux sont accrochés au porte manteaux, la cuisine est en chantier comme elle l’a toujours été, le jardin est lui, plus beau que jamais. L’espace d’une seconde, j’ai été à la recherche de ce que j’avais laissé. A quoi avais-je renoncé ? Qu’avais-je décidé d’offrir, de donner ? De ne pas ramener. Besoin sincère de le retrouver. De me rassurer. De me retrouver. Les ont-ils jetés ? Si c’est le cas, qu’est-ce que cela changerait ?

Cela voudrait dire que du temps a passé sans toi dans cette maison, il serait temps de le réaliser. Tu n’es plus assise à ton bureau, endormie dans ton lit, ou train de danser en faisant grincer le parquet… Tu n’étais plus là à continuer ta vie comme tu avais l’habitude de la mener.  

 

Vas-tu encore te le reprocher ? Être partie sans solution pour immigrer. Ne pas vouloir faire le choix de se stabiliser. La vie ne doit pas être faite de regrets, sans être partie, tu ne serais pas de nouveau aujourd’hui en admiration et en amour pour cette ville que tu as choisie. Amour éternel, Vancouver tu es si belle.

Sur les marches, je me suis assise et vue un an auparavant. Dans cette maison entourée ou non, entre joie et déception, coup de cœur et appréhension. Suis-je toujours la même aujourd’hui ? Celle qu’on avait l’habitude d’appeler Andy.

 

Qu’est-ce qui est le plus fort dans un retour ? Les souvenirs, la nostalgie du passé ? Ou de se voir soi, avancer ? Année après année. Traverser. Dépasser. Le passé est dépassé, je suis venue inscrire le présent et non pas corriger le passé. Je suis venue raconter.  

© 2016  ANDREA SAUNIER. All rights reserved