Story : Le Jour où j'ai obtenu ma résidence au Canada.

Ecrit avec amour et humour le 24.11.2019

Cette histoire ne pensait pas avoir une fin heureuse.

Depuis le début de mon expatriation, j’ai compris que la vie ne donne pas forcément ce que l’on attend et quelques fois cela est pour le mieux. La fin n’est jamais aussi heureuse que l’on ne le pensait, le bonheur se trouve ailleurs. La plupart des Canadiens me témoignent leurs rêves de vivre à Paris, qu’est ce qui m’a poussé à avoir envie de vivre ici ? Qu’est ce qui fait que cette ville, est devenue mon chez moi. My home. Ma maison, l’endroit où je me sens en sécurité. La ville où après m’y être tant de fois perdue, je m’y suis enfin trouvée. Et en cette journée du mois de Novembre, je me suis retrouvée avec une carte de résident à la clé.

Le plus drôle dans cette histoire c’est que je pensais que jamais il ne m’accepterait. Mon dossier ne sera jamais validé, ce serait trop beau pour être vrai. Je n’ai rien fait comme les autres, je n’ai rien voulu écouter de ce qui m’a été conseillé.

 

« Tu aurais du travailler dans une entreprise, te faire sponsoriser ou te marier. Il n’y pas d’autres moyens d’immigrer. Tu n’y arriveras pas seule, tu dois te faire aider. Prends un avocat ou un conseiller en immigration, c’est pour toi je pense, la seule solution. Mais n’ai pas trop d’espoirs, monter seule un dossier c’est un sacré cauchemar. »


Mon égo ne croyait pas à cette réussite là. Je n’en suis pas capable, je le sais déjà. Mais ce n’est pas elle qui m’a conduit là où je suis aujourd’hui. La peur nous conduit nul part. C’est l’autre partie. La folie, les paillettes, la possibilité d’y croire, de s’en donner les moyens, celle qui n’a peur de rien, surtout pas de l’échec. Ouais, je m’en balec ! Cela n’a pas été un chemin facile, n’ayant pas choisi le moyen le plus simple pour immigrer. Après les deux ans en PVT, je n’ai pas réussi à rester, à enchaîner sur la demande de résidence comme le font la plupart des Français. Le retour a été très dur à avaler. J’ai mis plusieurs mois à avancer, l’idée de ne pas avoir fait les choses à temps, Les regrets, les remords ont hanté mes nuits et mes journées.

Que faire ? Je ne peux plus vivre en France comme si rien ne c’était passé. Qui arrive à survivre à cela ? En tout cas, pas moi. Le retour après une expatriation est aussi difficile à vivre que les au revoir en tout début de voyage. J’ai essayé, je vous jure j’ai essayé mais rien n’y a fait. Ma vie est là-bas, désormais. Vancouver, tu es si loin de mon cœur. J’ai donc timidement appliqué pour le visa d’immigration en tant qu’artiste - travailleur indépendant. C’est exactement ce à quoi je prétends, l’indépendance après l’intermittence. Vingt quatre mois d’attente avant le délais d’obtention. Pardon ?

Vingt quatre mois d’attente ! Je ne sais même pas où je serais cet hiver, comment pouvez vous penser que je saurais où je serais dans les vingt quatre prochains mois ? C’est de la folie d’attendre aussi longtemps, n’est ce pas ? Quelles sont mes chances de revenir ? Ce dossier est la seule issue à mon possible retour en terre connue. Je me suis donc appliquée, prenant le temps de retourner dans le passé, les feuilles de paie des tournages, la production de mon film, les prix reçus, les contrats au Canada, les projets photos, tout. J’y ai mis ma vie. Toute ma vie depuis 10 ans. Ma vie professionnelle serait-elle la seule à me conduire à ce futur tant désiré ?

Le 5 avril, le dossier de 150 pages a été reçu. Bon, et attendant on fait quoi ? 24 mois, c’est long. Très long. Pourtant, j’ai jamais vraiment cru à ce temps d’attente le trouvant parfaitement ridicule. J’ai donc arrêté d’attendre, j’ai vécu. Voyage en Inde, expositions photos, écriture de mon livre. Tout s’est enchaîné. Je suis revenue passer l’été. Encore une fois, je suis tombée amoureuse de toi. Je ne peux désormais ne pas me passer de cette ville, là. Vancouver, t’es à moi. Cela a été magique tout comme nostalgique. Pourquoi dois-je y rester seulement quelques semaines, qu’ai-je fait de mal pour ne pas avoir droit de m’y installer ? Payerais-je aujourd’hui le prix de mes choix, ma différence, mon indépendance ?

Je suis rentrée en France plus bouleversée que je ne l’ai jamais été. Mon futur manque de stabilité, je me perds de projets en voyage tous avorté. Quel en est la finalité ? Je ne vis pas la vie que j’ai toujours souhaité, je ne peux en vouloir à personne, c’est seulement moi qui ai créé tout cela. Le 9 Octobre, j’ai décidé de m'envoler. C’est vrai, partir une nouvelle fois au Canada était une pure folie mais indispensable à mon projet d’écrits. Mes amis étaient tous très surpris de me voir débarquer aussi vite après avoir posé mes pieds l’été dernier. « Tu reviens déjà, qu’est ce qu’il s’est passé pour te voir débarquer aussi vite comme ça ?! »

Je savais au plus profond que ce départ n’avait pas la même saveur, durant ces dernières semaines en France j’ai laissé mon passé derrière moi, tout comme l’enfant, l’adolescente, la jeune femme, l’ancienne Andréa. Cartons emballés, valises stockées, prête pour partir aussi légère qu’angoissée.... Mais ce départ me fait peur et si partir était une erreur ? Serais-je dans l’excès ? Toujours vouloir avancer, persévérer, ne jamais rien lâcher mais à quoi bon ? Je suis aussi perdue que sont toutes mes prises de décisions. Le passage à la douane me terrifie, je dois justifier une nouvelle fois que je ne suis qu’une touriste qui s’en ira quand elle n’aura plus le droit d’être au Canada. Quand est ce que s’arrêtera ce putain de schéma ?

Ma seule richesse aujourd’hui, ce sont mes idées. Mon livre qui n’est plus un fantasme mais mon présent, désormais. Je pars à Vancouver écrire la fin de mon histoire. L’histoire que je n’aurai jamais pu écrire si elle n’avait pas été ma réalité. Et puis en cette fin d’Octobre, dans la simplicité d’une matinée ensoleillée, ma résidence a été validée. MA RÉSIDENCE PERMANENTE A ÉTÉ APPROUVÉ. Cela ne fait que 7 mois, comment cela est-il possible ? C’est une blague, c’est ça ? Ce n’est pas drôle, les gars. C’est une erreur, un simple teaser.


Non, non, non mon dossier a été validé. Le Canada est tombé amoureux de moi, c’est pas beau, cette histoire-là ? Je peux enfin rester. RESTER. Vivre, écrire, éditer, continuer à photographier, créer une famille, me stabiliser. Toutes ces envies sont désormais à porté. Ce n’est plus un fantasme mais bel et bien ma réalité. Hier, entourée de mes deux amies, mes deux fées qui arrivent toujours à m’aimer et me supporter inconditionnellement, j’ai traversé une nouvelle fois la frontière mais cette fois-ci comme un enfant. Vulnérable, fragile, attendrissant. Je n’ai plus eu peur de ces barrières. Elles ne sont que factices, de simples jouets pour adultes en cruel manque de repères, pauvre, pauvre terre.

 

A présent, ma légitimé me donne enfin le droit de rentrer sur le territoire afin de VIVRE la vie que j’ai toujours souhaité. « Bonjour, je m’appelle Andréa Saunier et je suis résidente permanente du Canada ! » Oh bordel, je n’arrive toujours pas à y croire les gars ! Pincez moi.

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