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Nouvelle #3 : Le café.

Ecrit avec amour et humour le 12.07.2019

Il y a rien de mal à aller boire un café.

Entre adultes, entre amis.

 

Rien de mal jusqu'ici. 

Dois-je y aller en robe de mariée avec un bouquet de pivoines rosées ? Dois-je y rajouter un supplément d'espoir, une irrésistible envie de m'engager. Andréa, veux-tu m'épouser ?! Arrête de rêver. La plupart de mes amies m'avaient alerté. N'ai pas trop d'espoir, ni d'attentes inespérées.

Pour une fois, il a fait le premier pas, ça ne lui ressemble pas. Aurait-il changé ? Serait-il devenu l’homme confiant, celui sur qui j’ai fantasmé toute l’année. Cet homme idéal qui n’existe que dans mes pensées. Dans mes rêves édulcorés.

 Toute la matinée n’a été qu’un enchainement de souvenirs de nous, l’année passée. Des moments furtifs, des messages forts, des photos par milliers. Je me suis remise dans cette histoire comme une étudiante studieuse et appliquée.

 

Robe à pois rouge, talons haut, maquillée mais pas trop. Être à l’heure, c’est arriver en retard. Je pars confiante, heureuse, je traverse le trottoir à la recherche de son regard.

 Il est là. Mon cœur est en émoi. Est-ce que je rentre dans ce café ou pas ? Il est l’heure de faire un choix.

 

Ses  yeux  se  sont  levés, contre  son  corps  mes  bras  se  sont  serrés.

 

 

Même odeur, même sensibilité. J’ouvre la porte à la vulnérabilité. Dans le piège, je suis tombée. Son regard me traverse, je ne peux plus me cacher. Sois forte, fais comme si de rien n’était. C’est un homme, tu sais. Te voir ne me touche pas plus que ça, même si ça fait 9 mois que je n’ai pas entendu ta voix. Tu n’as plus de barbe mais le charme ne t’a pas quitté.

 

Que fais-tu ici ? Raconte-moi ta vie depuis que je suis partie.

 

L’Australie, la routine, la famille, les amis, le travail, l’envie pressante de repartir vivre au Canada, la liberté de cette vie-là, ne pas accepter ce job, reprendre ses études, assumer ces choix et se retrouver assis en face de moi. Deux heures ensemble à se parler de banalités comme deux étrangers. Ne méritons-nous pas plus que ces quelques sourires et autres regard cachés ? 

 

Lève-toi,

serre-moi contre ton cœur,

prend moi la main,

partons ensemble,

faisons face à notre histoire,

libres de toutes nos douleurs.

 

Lève-toi, ne me laisse pas seule sans toi dans cette vie là. 

 

Il n’a pas changé, il garde une distance bien limitée. Impossible pour moi d’y entrer. Je n’ai pas d’armures pour affronter ce mur. Je n’ai pas envie de me battre contre lui, contre ses peurs, les miennes sont toutes aussi fortes. Game over. 

 

« J’ai cru qu’on avait une chance de bien recommencer notre histoire, je crois qu’en fait, c’était une chance de bien la terminer. » En rentrant, les larmes se sont mêlées aux rires de joie de ma colocataire dans la chambre à côté, toujours très bien accompagnée.

 Folle amoureuse d’un homme qui lui, ne l’a jamais été. Il ne se permettra jamais d’aimer. Lui et moi, cela ne se fera plus, désormais. Combien de larmes dois-je pleurer ? Il a été un défi dans ma vie, dois-je sonner la cloche de l’échec, aujourd’hui ? J’arrête cette conquête. Rangez vos armes, on se replie.

 

Passe sur un autre défi, tourne la page.

Écris un nouveau chapitre.

Vis.

Sèche tes larmes, sors, profites de cette vie que tu as choisie.

 

M’imposer cette tristesse meurtrie la femme que je suis. Les souvenirs n’ont plus leur place ici, les espoirs se sont envolés, lève-toi ma belle et continuer d’avancer.

D’aimer.

Le Monde est grand. N’arrête jamais.