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Nouvelle #6 : L'amitié.

Ecrit avec amour et humour le 31.08.2019

Assises

comme

des ados

au Macdo.

Habillées en noir, tenue de circonstance. Plutôt léger, de préférence. En cette fin d’été, le soleil n’est pas prêt à quitter ses jolis rayons dorés. Depuis combien de temps n’avais-je pas vu ces filles-là ? Des mois, je crois.

Se retrouver ensemble une nouvelle fois. Comme à l’époque de Jean Baptiste Dumas. Pas le chimiste Alésien, non non, je parle du lycée. Notre amitié est ancienne mais pas aussi datée. C’est au début des années deux mille que nos chemins se sont croisés.  

Aujourd’hui, nous nous sommes retrouvées autour de l’une d’entre nous, pour se serrer. Dans les bras, se serrer fort. S’étreindre, sécher les larmes, les pleurs, adoucir quelques secondes le malheur. Tenir sa main face aux drames de la vie. Oui, c’est ainsi. Une amitié hors catégorie.  

« Les  larmes  qui  inondent  tes  expressions  ne  sont  pas  aussi  puissantes  que  la  force   de  ton  sourire  et  de  tes  exclamations. Tu  rayonnes  même  quand  tu  pleures, viens  dans  nos  bras  ma  beauté  que  l’on  te  couvre  avec  notre  douceur.  Que  l’on  apaise  ton  cœur  avec  notre  chaleur. » 

Avec toute notre candeur.

Celle qui ne nous a pas quitté, je dois bien l’avouer. Les regarder, avoir toujours quinze ans. C’est étrange, je ne sais pas l’expliquer autrement. Elles et moi avont désormais plus de trente ans, des postes à responsabilités, des enfants, des compagnons aimants et pourtant, j’ai l’impression qu’avec elles, la semaine prochaine, je vais préparer

ma rentrée.

L’internat,

les retrouvailles,

les histoires d’été, 

les cheveux qui ont poussé,

les cris de joie près du portail de l’entrée.  

Les cahiers ont été mis de côté, on a payé nos nuggets et sundays après plusieurs minutes de blanc devant l’écran de commande géant.

Il est vrai qu’en Septembre 2003, vous auriez pu nous croiser avec un coca bien frais après l’épreuve d’anglais.

A présent, on s’est assise et on a parlé. Cela ne nous était pas arrivé depuis des années. On s’est livré comme rarement auparavant. Sans jugement, ni arrière-pensée. Nos discussions ont tourné autour du travail, la grossesse, le couple, la famille, la sexualité. Rien n’était chiant, ni barbant comme peuvent être les réunions d’adultes, disons-le clairement.

 

Les réflexions des unes étaient le reflet des préoccupations d’une autre, les expériences vécues se transformaient en conseils avisés. L’amour était au menu en plus des frites et des MacFlurys dévorés. A quoi cette conversation aurait-elle pu ressembler dans le passé ? De quoi aurions-nous pu parler ?  Du BAC de Français, de Matthieu, de la soirée chez Julie, du texte à apprendre pour la pièce de théâtre de mercredi, de l’élimination d’Aurélie à la Star Academy. De l’innocence en barre aux futilités enrobées d’un packaging rose acidulée.

 

Nous avons vieilli, évolué vivant notre vie chacune de notre côté avec le même système de pensé, le même regard sur la vie, assumé.

Les lycéennes de seize ans sont-elles fières de ces femmes que nous sommes devenues ? Les avont-elles déçu par nos choix, nos actions, nos réflexions, nos décisions ? Le chemin parcouru depuis plus quinze ans est-il à la hauteur de nos nombreux rêves d’enfants ?

On dit souvent que nous devenons grands lorsque nous ne perdons pas nos cœurs d’enfant.

 

Est-ce aussi le cas avec nos rêves ?

Certains se sont réalisés, d’autres ont été oubliés, les futurs dorment encore en étant tout aussi forts.

La réalité ne nous a pas épargné, toutes un peu cabossées mais aucune de nous n’a jamais rien lâché. Même pas notre amitié n’y a cédé.

En ce mercredi après-midi, les ados que nous étions étaient elles aussi, assises tout à côté. Pour de vrai. L’une avec ces Buffalo au pieds, l’autre avec son sac Eastpak, la troisième avec son sac à main chic et la dernière avec une robe portée sur son jeans. Ces jeunes filles-là ne nous ont finalement jamais quitté.

Elles sont en nous, à jamais.

Dans nos rires, nos expressions, nos choix de vie, notre façon de bouger, notre manière de parler.

 

Elles reposent en nous, elles ne nous ont jamais vraiment quitté.

Comme nos rêves.

Comme notre amitié.

Comme cet homme qui nous a permis de nous réunir aujourd’hui, reposant éternellement près du cœur de ces deux filles qu’il aimait tant.