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Story # 31 : Le Jour où mon amie s'est mariée.

Ecrit avec amour et humour le 02.06.2019

Combien de temps

s’est écoulé

depuis le jour où

avec un rideau en dentelle autour de sa taille,

on l’habillait ?

Il fallait toujours une mariée à la fin de nos défilés improvisés.

Celle qui était choisie avait ce privilège, toute notre attention, toute notre admiration. Le long rideau couleur crème que l’on venait tout juste de décrocher, les petits pieds nus, le voile emprunté, les roses du jardin et le rouge à lèvres carmin trouvé dans la salle de bain.

 

Dit, combien d’années ont passé ?

 

Il existe des mariages qui sont bien plus qu’une cérémonie, une pièce montée et un joli bouquet. Ils font partie de ces moments qui comme celui-ci ont été imaginés, fantasmés par une bande de gamines rêveuses et enjouées. Ce jour-là, derrière mon appareil photo, j’ai dû lever mon œil de l’objectif pour prendre de la distance sur l’évènement auquel j’étais en train d’assister.

Quel âge j’ai ?

Nous sommes en quelle année ?

Est-ce un mariage ? Le mariage de mon amie ?  Êtes-vous sûr qu’elle se marie, on a encore beaucoup de devoirs pour lundi.

 

Mon enfance est derrière moi, c’est désormais une femme dans le miroir que j’aperçois. Pourtant le weekend dernier, j’ai plongé dans mes souvenirs passés. Dans mes petits souliers. Mes tout petits petons de l’enfant timide que j’étais.

 

 

Est-ce  cliché  de  dire  que  les  jours  ne  font  que  passer  sans  prendre  le  temps de  s’arrêter ? Les  souvenirs  sont-ils  là  pour  mettre  une  pause  dans  ce  qui  fait partie  de  l’éternité ?

 

Dans la cour de récré, on a toute fantasmé sur notre mariage parfait. Un grand mariage de princesse édulcoré.

Oui on sera toutes là, toutes invitées. Toutes auprès de la mariée. J’aurai une robe longue et vous les filles habillées en rose poudrée avec une couronne de fleurs dans les cheveux, coiffés. Avec qui tu te maries ? Oh ce n’est pas si important, ce qui compte ce sont nous, les amies. Mes amies. Ensemble et pour toujours. Ce sont vous, mes amours.

 

L’amitié adolescente est toujours soumise aux moqueries, pourtant avec ces filles-là, je me sens moi.

On squatte les bancs du lycée, jouant aux grandes mais notre coeur bat à la vue d'un Disney. On ne le dit pas, on n’est plus des BB. Enfin sauf quand on rêve de danser avec Patrick Swayze. Non c’est vrai, nous non plus on n’est pas des filles à laisser dans un coin mais on aime si réfugier quand on a des trucs de la plus haute importance à raconter. 

 

On s’est toutes révélées à nous même, se confrontant sans cesse les unes aux autres. On a vu nos corps changer, notre acné se développer, notre style vestimentaire se confirmer, nos choix de carrières se préciser. Comme une fleur de Printemps, on est née au même endroit, brillant chacune dans son petit périmètre de sécurité. Le jardinier n’avait pas encore sa place, laissez-nous éclore en paix, s’il vous plait.

On a grandi ensemble mais on est devenue femme chacune de notre côté. La vie a fait son chemin sans pour autant qu’on se lâche la main. Jamais très loin, toujours en lien. Elles et moi avons fait face aux disputes, aux conflits, aux prises de bec, à la distance, à la jalousie. Puis, on a mis de l’eau dans notre vin et bu la bouteille entière. Nous ne sommes pas Françaises pour rien.

 

 

La  tempête  a  été  traversé, les  nuages  noirs, les  moments  de  profonds  désespoirs. Devenir  une  femme  est  bien  plus  doux  sous  la  bienveillance  de  ses  amies.

 

 

14h05.

La récréation est finie, il est l’heure d’aller se marier. La salle de classe a laissé sa place. La sonnerie qui retentit s’éloigne sous les acclamations et cris d’amours de la foule tout autour.

 

La voir en robe si émue, mes larmes n’ont plus, n’ont pas tenu. Est-ce vraiment elle ? Ne pleure pas, tu as du mascara. Retiens-toi, c’est cliché, ça ne te ressemble pas. Pourquoi pleurer comme ça ? Il n’y a que de la joie. Il fait beau, il ne pleut pas. Regarde cette beauté là-bas, tu arrives à y croire, toi ?

Être émue aussi et surtout pour cela.

Car ce mariage, c’est le sien mais c’est aussi le nôtre. Ce soir on a uni notre amitié. Ces petites filles qui ont des entières après-midi, rêvassé à un destin à la Sissi. Ces gamines qui ont juré de s’aimer plus loin jusqu’à l’éternité. De s’aimer aussi fort que le roquefort. A s’écrire des mots sur nos cahiers, à se recopier en contrôle d’anglais, à aimer se détester à la moindre occasion et puis se dire au creux de l’oreille des futilités pour rire à l’unisson.

Des souvenirs par milliers, des moments qui forment un tout. Un passé où la France a gagné sa première coupe du Monde, où les buffalos se mettaient à nos pieds et les sentiments ne se vivaient qu’en secret.  

 

 

Il est trois heures et demie, on marie notre amie.

Avons-nous nous aussi, grandi ?

J’appuie sur le déclencheur de mon reflex, les petites filles qui courent ce ne sont plus nous. Derrière ma caméra, la vie continue tout droit. Je ne suis plus la petite demoiselle d’honneur au mariage de ma sœur. Je ne suis plus l’adolescente timide et complexée au mariage de ma tante adorée. 

La photographe souriante, épanouie et en sari, c’est cette femme-là que je suis aujourd’hui. Allez cheese, les ami(e)s !

Ces beautés qui dansent au fond, sapées en talons, cette bande de filles qui fait sensation, elles n’ont pas changé. A un détail près. Des petits loulous s’attachent à leurs jambes, leurs petites têtes se cachent pour jouer au loup, avalent les bonbons et boivent du coca sans modération. La nouvelle génération. Les bébés nouvelle dimension.

 

Alors c’est vrai, des défilés de mode aux anniversaires, des vacances au ski à l’école primaire, des dizaines de soirées à la maison au jour de l’an à poil sur le balcon, des années à l’université aux embrassades à la maternité, ensemble c’est plus qu’une histoire d’amitié c’est la célébration de la sororité.

Le week-end dernier, notre mariée nous avons fait bien plus que l’admirer. Les rideaux sont restés en place, Dieu soit loué ! Par contre, les rosiers du jardin, un peu moins.

 

Par notre présence, nous lui avons toutes fait foi d’allégeance.

Allégeance à notre passé commun, une pour toute et toute pour un(e). L’innocence de notre enfance s’est envolée, pourtant nous voici toutes réunies. On a vécu un mariage qui a dépassé tous les fantasmes de nos gamineries car le plus beau aujourd’hui c’est d’être encore et toujours amie.