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Story # 28 : Le Jour où j'ai déménagé mon matelas pour la cinquième fois.

Ecrit avec amour et humour le 09.04.2018

J'ai

déménagé

....

OUI

et alors,

cela ne va pas

changer

votre

  vie ? 

Par contre, je dois avouer que la mienne à pris un tout autre tournant.

Virage à 180 degrés, direction L’EAST s'il vous plait ! Pas encore le droit de déménager au USA alors j’ai bougé pour l’instant, mon matelas dans l’east Hipster Side du Canada. Ce matin en me réveillant dans ma chambre à peine installée, j’ai compris que je ne serais jamais une Princesse Disney. Aucun animal de la forêt ne viendra gentillement me réveiller. Ah bon ?! Bordel, mais quelle désillusion !

Comme à Vérone, ma fenêtre n’a pas de balcon et la forêt enchantée à été depuis longtemps, rasée. Le bruit sourd des accélérations me tirent de mon sommeil chaque matin.

Le chant de oiseaux VS la musique des moteurs. L’horreur ! Arrête de rêver, te voici bel et bien dans la réalité. 

Allô, ici Princesse désenchantée de plus en plus déprimée, avez-vous un remède à me donner ?! A l’heure où je vous parle, je ne sais pas si je dois me pendre dans ma chambre, m’ouvrir les veines ou me tirer une balle. Sentiment à peine exagéré à la sauce épicée Saunier. 

 

Comment suis-je passée de la jeune femme enthousiaste excitée de la vie à la folie à cette fille aux cheveux gras, en peignoir dans son salon tout gris de la pluie ? 

Et si on faisait un saut en arrière ? Une petite cabriole serait en effet plus que d’actualité. 

 

Je vous ai laissé en Août dernier, sur cette histoire où l’on m’a jeté hors de ma prison doré. Contrairement à Raiponce, je n’avais pas les cheveux assez long pour pouvoir m’en échapper mais la vie a comme à chaque fois, fait son travail de synchronicité. C’est vrai sans cette expérience, je n’aurai pas rencontré les personnes avec qui je vis aujourd’hui. Je ne comprends pas encore pourquoi, une folle comme moi, ils ont choisi. 

 

Vancouver est connu pour son coté sportif mais ce n’est pas que sur des skis ou dans des studios de crossfit que l’on se muscle ici, dans les recherches d’appartements aussi. Ou de colocation. Ou de maison. 

C’est un job à plein - temps.

Temps plein d’annonces à lire, de mails à écrire et de sourires. J’ai trouvé des caves, des placards et des roommates sentant le renfermé. Non c’est clair, cela ne fait pas rêver. Merci mais dans ce cas là, je préfère rentrer. Car oui, pour chaque expatrié vivant ici, dès que les difficultés s’intensifient, la solution c’est toujours de rentrer chez nos parents adorés. Bon… soyons sincère, cette étape ne dure jamais plus de quelques minutes. Nous ne sommes plus des BB. 

Ce soir d’été sur mon vélo, je n’avais que peu d’espoir. Pourtant j’avais mis ma jolie robe à pois qui fait à chaque fois fureur mais soyons sérieux, ce n’est pas ça qui va faire de moi, la Best Coloc ever. Le quartier comme la maison, comme eux deux, étaient d’un calme apaisant. Dès qu’ils ont ouvert la porte, j’ai su que je voulais vivre avec eux. Un rapide tour de la propriété et c’était déjà fait.

Oui, je veux :

- vivre

- dormir

- travailler

- faire la fête

- me réveiller

... et bruncher ici.

Alors, alors vous allez dire OUI ?! Calme ton excitation - assis toi - fais descendre la pression. J’ai répondu aux questions, pas toujours de façon honnête, pardon. 

 

«  Quel est ta semaine typique ? » 

" Je crée mes propres horaires mais m’adapte le plus souvent aux horaires de bureau."

FAUX 

Je travaille tôt le matin mais dors un peu l’aprem ( sudiste oblige ) puis le soir tard. Je travaille le weekend mais prends souvent des breaks en semaine. Et vous savez quoi, je déteste travailler dans les horaires de bureau. 

 

«  Où travailles - tu? »

" Dans un bureau downtown mais je suis surtout active à l'extérieur sur des shooting photo et tournage." 

FAUX 

Mon bureau, c’est mon iMac et celui-ci est le plus souvent branché dans ma chambre. C’est là où je me sens le plus créative, en pyjama avec une tasse de thé vert et de la crème de marron Grand Marnier. Je tourne oui, prends des photos aussi, c’est mon métier mais je travaille le plus souvent à la maison, devant mon écran, collée et inspirée. 

 

« Quels sont tes activités favorites ? »  

" La randonnée, la course et quelque fois aussi le ski." 

FAUX

Dormir, regarder des films et bruncher. Ah non, j’oubliais. Shopper aussi. Des mecs et des fringues. Oui, c’est un mix de tout ça en vrai. 

 

Et vous savez quoi, ils m’ont choisi ?! Ah mince… Je n’aurai pas du mentir, ils vont se rendre compte de l’arnaque sous la robe à pois. Pourquoi ai-je menti comme ça?! Honte à moi. 

« Ils » se sont eux. Eux deux: Jarrett et Jessica. Les deux personnes avec qui je vis depuis plus de six mois. Mes colocataires avec qui je partage désormais tout. 

Il a les cheveux et le regard brun des Italiens. Le charme également et la famille surtout. Dernier né d’une famille de filles, c’est un peu notre petit frère à nous. Comme un Graphic Designer, il est habile sur son clavier mais l’est un peu moins avec les touches de l’aspirateur (mais en gentilles grandes soeurs, nous lui en tenons peu rigueur... petit coeur !). Il aime le rock, se nourrit exclusivement de pâtes et de pizzas. Je le déteste surtout pour ces raisons là, car non lui contrairement à moi, il ne prend pas de poids. 

 

Elle, c’est vrai je l’ai toujours trouvée très élégante. Quoi de plus normal, elle est Franco - Américaine - Canadienne. Logique implacable. Cheveux au carré, lunettes rondes écaillées et corps longiligne affuté. Créative et artiste dans l’âme, c’est une jeune femme ambitieuse qui n’hésite pas à se poser des milliards de questions en trouvant toujours ses propres solutions. Oui, elle a toute mon admiration ! Sa douceur plait tout comme son déhanché et son Français parfait. 

 

Nous allions vivre ensemble, de Septembre à Mars. Nous savions que la vie dans ce quartier-là serait qu’un temps, cette maison n’était qu’une simple option. On s’y est pourtant tous attachés à l’unisson. C’est vrai n'est ce pas, une maison c'est BIEN PLUS que quatre murs en bois ? Oui les gars, ici au Canada, le béton il ne connaissent pas. 

 

On y laisse des bouts de nous, des petites parties de nos vies, des sentiments désormais enfouis. 

Au 2515 W 15Th Avenue, j’y suis rentrée ensoleillée, remplie de nouveaux objectifs, de nouveaux défis avec la furieuse envie d'arpenter le fameux quartier Yogi. J’ai découvert la vie en colocation, avec ses poils et cheveux dans la baignoire coincés, les repas improvisés une bière à la main et les soirées avec tout les copains. Je ne pensais pas être faite pour la colocation à l’heure où du haut de mes 31 ans, mes seuls colocataires devraient être mon partenaire de vie et des petits êtres mangeant leur kiris. 

A contre courant, je ne peux pas faire autrement. 

Ensemble, nous avons partagé plus qu’une salle de bain à trois et croyez moi, c’est loin d’être aussi simple que ça ! Nous nous sommes découverts chacun, compris les habitudes des uns et les réflexes des autres, partagé notre intimité et histoires de coeurs, vécus nos soirées enflammées comme nos brunch à coup de café baileys. Ces deux étrangers sont devenus ma famille et savent désormais que la première chose que je fais le matin, c’est descendre les escaliers pour aller pisser. 

Ils connaissent ma passion pour les fringues stylées, craquent eux aussi devant la beauté de ma nièce Olivia adorée, se régalent avec mes soupes maison improvisées et se moquent toujours autant de mon anglais loin, très loin d’être parfait. 

 

Les quitter en Mars, hors de question ! Quitter la maison était une obligation mais eux, non. Nos amis nous avaient pourtant prévenus: 

«  Vous allez avoir du mal à trouver une nouvelle maison pour vous trois, surtout si vous ne voulez pas payer plus que ce que vous payez déjà ! »  Oui vous connaissez vous aussi, ces amis toujours aussi bienveillants que nous aimons tant !  

Bon…. 

Et bien, nous voici sur le marché. L’Italien et ses deux Frenchies, oh bordel on est mal barré !  Qui voudra de nous maudits Européens ?! Nous ne faisons pas le poids face aux milliardaires Sud-Coréens. Durant tout ce mois de Mars, nous avons cherché cette nouvelle maison tout comme le soleil : Avec beaucoup d’impatience, espérant nous donner rapidement un peu de chaleur dans cette grisaille interminable. 

La chaleur, nous la cherchons encore. Par contre la maison, en une semaine nous l’avons trouvé. Mais non, c'est pas VRAI ?! 

 

- Annonce repérée - Maison visitée - Coupe de coeur instantané - Mails avec références envoyés - Contrat de location reçu et approuvé -

Le 10 Mars 2018, nous avions signé.  

" Je me demande encore aujourd’hui comment j’ai pu trouvé une maison aussi facilement qu’un date avec un mec. Hahaha oui je sais, je suis vraiment un cas. Ce sera l’objet surement d’un prochain article, nous vous inquiétez pas. "

 

 

On a la maison. 

ON A LA MAIIIIIISOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOON. Tout y était: Les six chambres, le jardin où l’on a bien l’intention d’y faire un potager, le quartier hipster branché et un espace à l’étage où je vais enfin avoir la liberté d’y vivre toute ma créativité. Comment ne pas sauter et crier OH JOIE, VIVE LA VIE ET LA CANADA ET VANCOUVER ET HOP LES GARS ALLONS CÉLÉBRER ÇA !!

 

Cette maison nous l’avons autant célébré qu’y investit toute notre énergie. Nous avons passé nos weekends à peindre les murs vieillissant, à coup de musique pop et gestes entrainants. La fatigue se mêlant à l’excitation, tout comme nos pinceaux dans les énormes pot blanc. 

Qui a pu laisser cette maison dans un tel état ? Le jardin est autant en friche que chaque pièce de cette maison. Attend, attend… 

La maison comme moi, nous aurait-elle, elle aussi un peu menti ?!  Avons-nous les épaules assez solides pour la porter de nos petits bras musclés par le Yoga ? Nous nous sommes posé maintes fois la question Jessica et moi mais à chaque fois, quelques détails nous montrant que non, aucun doute à avoir sur cette décision prise ce jour-là. 

Cette maison nous offre bien plus que des murs et un toit: Une ouverture sur un quartier des plus jeunes et branchés, à la croisées des ateliers d’artistes réputés, au cinéma d’art et d’essai comme les spots cools où aller danser.

Ce quartier, il nous ressemble.

Il est en pleine expansion alors oui, réjouissons - nous les enfants ! Les projets fusent dans nos esprits avec l’envie de créer des évènements aussi cool que passionnants ! Une maison où nos amis s’arrêtent pour boire un thé, un espace de co-working où l’on créer, un jardin immense où l'on vient bronzer, une vraie communauté où on a envie de PARTAGER. 

 

Avant de dire bonjour à cette nouvelle vie, il faut être prêt à dire au - revoir à l’ancienne. C’est en triant mes affaires dans mes cartons, samedi dernier que la nostalgie m’a submergée. Dire au revoir à des centaines de souvenirs de vie. Y suis - je obligée ? 

 

- Le souvenir de ma première soirée à jouer avec eux où ils se sont bien moqués de mon accent Frenchie assumé. 

- Le souvenir de cette matinée glacée où j’ai compris la chance que j’avais de courir avec une vue de toute beauté. 

- Le souvenir de ce café où l’on a squatté le canapé près de la cheminé autant de fois que les six héros New Yorkais.

- Le souvenir de cette nuit où l’on s’est embrassé fougueusement au milieu de la rue comme deux amants passionnés.

- Le souvenir de mon retour des USA où je me suis rendue compte que cette maison était bien plus qu’une colocation. 

 

Dimanche dernier, ce sont plus que des simples rues que je quittais mais des histoires, des souvenirs, des moments de vie. Kitsilano, c’est bien plus qu’un quartier de Vancouver, c’est une partie de ma vie que je me plais à laisser derrière moi, désormais. 

 

Aujourd’hui, j’ai compris que la maison dans laquelle je venais de me réveiller, était comme moi, imparfaite. Un peu cabossée avec quelques fissures, pas toujours très stable mais elle a vécu. Elle a sa propre histoire. Nous avons toutes les deux un passé mais nous sommes prêtes à écrire une nouvelle page de notre futur en commun,  j'en suis plus que convaincue. 

Et de vous à moi, ce château-là correspond bien à la princesse de l’East Side que je suis devenue.