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Week # 7 : Le YOGA et moi. 

Ecrit avec amour et humour le 14.02.2018

Lorsque je me suis vue

dans la vitrine

avec mon yoga pants 

ce matin-là,

j’ai su que j’étais devenue

la fille

que j’adorais

critiquer

il y a quelques mois. 

Hahaha, bravo Andréa. On ne se refait pas

Je suis devenue l'une de ces filles-là. 

De celle qui se lève tôt pour s'y réveiller et y court après le boulot, pour s'y détendre. De celle qui fait attention à ce qu'elle mange et boit exclusivement du kombucha. De celles qui sont devenues une véritable légion dans cette région Ouest du Canada. 

Je suis devenue une fille addict au Yoga. 

 

Comment ai-je pu en arriver là? En même temps, le Yoga et moi, cela remonte à quelques années déjà. En 2015 pour être plus précise. La veille de mon départ pour la France, j'avais passé ma dernière soirée à mon cours de Bikram. Toute la semaine, j'avais transpiré à côté de beaux mecs tatoués et filles branchées, me donnant beaucoup de mal pour suivre le rythme de ces acharnés de la position acrobatiques parfaitement maitrisés. 

Qu'à cela ne tienne, je ne suis pas une acrobate mais une Française un peu stylée alors exit le short de cycliste, bonjour le maillot de bain blanc nacré. Il faut savoir jouer avec ses atouts, après tout. Tant qu'à finir dans le camion des pompiers, autant que ce soit dans une tenue de sirène apprêtée.  
 

Un des avantages de vivre dans le quartier résidentiel de Kitsilano, ce n’est pas de vivre proche de la mer….. mais celui d’avoir accès à des dizaines et des dizaines de cours de Yoga. En veux-tu en voilà: Hata, Power, Kundalini, Yin, Vinayasa. Tout un choix, tout un débat.

Il y a plusieurs semaines, je m'y suis inscrite sans réaliser le pouvoir que le Yoga aurait sur moi. 

 

J' en  suis  tombée  éperdument  amoureuse  et  comme  avec  un  homme,  je m'y  suis  lancée  à  corps  perdu. 

 

LUNDI 4:00pm


On ne change pas même quand on se met au Yoga. Trop en avance et un peu trop coloré. Arrivée à 3:40 habillée d’un legging bleu liberty, un débardeur rouge et du rose sur mes lèvres gercées. "Mais c'est qui cette fille ?! Elle s'est cru au cirque ou quoi ?" 

Comme un petit oisillon, je peine à me faufiler dans la salle, slalomant entres les copines de 40 ans, se faisant la bise, le sourire strident. Je prends les dizaines d'accessoires mise à notre disposition, du coussin mou, aux blocs en caoutchouc et plaid tout doux. Je repère une place au fond de la salle, comme un arrière goût du lycée et de ces places de cancres assumés. Hahaha c'est vrai mais même à 31 ans, je reste tout de même un peu trop intimidée à l'idée de commencer une nouvelle activité. 
Et de plus, une activité en anglais. Car le Yoga en Français, c'est l'idéal, tu n’écoutes plus le professeur, mais tu t’écoutes toi.  Ton corps. Le language du corps. Le tient. Ta langue à toi. 

A Vancouver, ce n'est pas la même chose. 
Plus la même prose. 
"Downward Facing Dog" 
"Child pose"
"Seated Twist"
"Cobbler"

Ouais... On est d'accord ?! "What?! Mais ça veut dire quoi ça?! Down... Fa Dog?! Dog = Chien ok, donc chien avec la truffe au sol?! C'est ça?! Attend, non pas comme ça... Ah oui c'est ça. Position chien tête en bas." 

Je suis bien une fille de la Côte Ouest, ayant un vrai décalage entre la compréhension et l'execution des positions. Je mérite ma place au fond de la salle, étant désormais la dernière de la classe. 
Le Yoga n’est-il pas fait pour te détendre, te concentrer sur ta respiration tout en fermant les yeux, en méditation avec toi même ?


Bilan de mon premier cours : 
Je ne me suis en aucun cas détendue, mon cerveau étant constamment en mode google traduction, matant les personnes dans la salle, mimant difficilement les positions suivantes à executer, tout en oubliant évidemment de respirer. 
En sortant du cours, j'ai compris qu'après avoir appris l'anglais, c'est le language du Yoga qu'il va falloir maitriser. Oh ma pauvre....  C'est loin d'être gagné. 

MARDI 10:30am

Quand on pense professeur de Yoga, n'imagine t-on pas une fille longiligne aux tenues Lululemon parfaitement adaptée à son corps d'athlète?
Helen ce matin là, m'a prouvé le contraire et mit K.O mes stéréotypes sans intérêts. 

Elle s'est assise en face de nous, élèves un peu dissipés en cette matinée ensoleillée. Cachée au fond de la salle, je ne pu m'empêcher de l'observer. Elle avait un legging aux fleurs colorées, un Tee Shirt "Powerfull Body", et un sourire charismatique. Ses lunettes de vue étaient aussi rondes que ses hanches, mais ceci est juste un détail, n’est ce pas ? Ce matin là, en jeune apprentie Yogi, j'ai eu pour la première fois la sensation d'écouter et d'aimer mon corps. C'est fou, je n'aurai jamais penser que ce sentiment pouvait arriver aussi rapidement. Ou pouvait arriver, tout simplement. 

Merci Helen. 
Merci de nous répéter sans cesse tout le long de notre cours, que nous avons un:
BEAUTIFUL, AMAZING and INCREDIBLE body. Qu’il faut le traiter avec RESPECT, LOVE and KINDNESS.  

Elle nous le dit. 
Elle nous le répète. 
On le répète. 
On l'intègre. 
Enfin, j’essaie. 

Cette femme avec ce corps imparfait est-elle en train de me faire prendre conscience que mon corps est magnifique? 

Pourquoi ai-je attendu qu'une inconnue me le dise ce matin-là ? 
 

Où s’est encore enfuie ta confiance en toi, Andréa ?! Il serait temps de partir à sa recherche afin de traiter ton corps avec amour et respect. Avant de trouver l’équilibre dans tes positions, trouve celui qui est en toi. C’est aussi simple que ça, merci le YOGA. 

MERCREDI 6:15am

Mais pourquoi ?!
Pourquoi je pédale sur mon vélo en plein milieu de la nuit, mes mains aussi fraîches que la pelouse du voisin, verglacée. Il est 5:50 et je ne pars pas travailler.  
Jessica, ma colocataire pédale à côté de moi, toute emmitouflée. A nous deux, nous controns le froid des matinées glacées pour se lover dans une salle silencieuse, chauffée, aux lumières tamisées. 
Du lit au tapis. 

"Se lover?" Es-tu bien réveillée?! Arrête de rêver, c'est à un cours de power yoga que tu viens de t'installer!"


Le power Yoga ou l'art de se muscler sans en avoir l'air. Reprendre le pouvoir sur ton corps, l'air de rien. Avoir l'air détendue tout en tendant la plus fine partie de tout tes muscles. 
Je le sais, nous étions folles d'y aller. Qu'importe d'avoir les cheveux encore tout emmêlés, personne ne sera là pour le remarquer. FAUX. Nous étions quinze fous à la crinière indomptées. De 19 à 55 ans. Ce sont avec eux ce matin, que je me suis réveillée. 

Enchainer la salutation au soleil, les guerriers numéro 1, 2 et 3, la position de la chaise et celle de la planche puis du Baby Cobra... Oulalala, le rythme s'accélère, mon corps gère et mon esprit enfin, se libère. Il est 7h30, le cours se finit. J'enfile mon hoddie, m'enroule dans mon écharpe en laine et monte sur mon vélo, apaisée en mode Namast(é). 

 

Il est 7h30, la journée ne fait elle, que commencer. 

JEUDI 6:00pm

Ha mais c’est LÀ. 
Ils sont tous ici, les petits chats. Je comprends mieux pourquoi.

 

A peine arrivée devant le studio de Yoga, j’ai pensé que l’on était un vendredi soir. Que faisait tout ce monde sur le trottoir?! Une ligne d’attente de jeunes, de moins vieux, de personnes en quête de Yogattitude aux allures pressées. 

A Vancouver, l’endroit où croiser du monde c’est à un cours de Yoga. Sérieux je ne rigole pas. Je vous jure, ici c'est comme ça. Dur à croire, n'est ce pas?! 

Je n'ai jamais vu autant de gens branchés dans un si petit endroit. C'est quoi déjà comme soirée privée ?! Trouver un tapis libre devient aussi difficile qu'obtenir une place au Sénéquier à St Tropez, l'été. Mais what?!  "C'est dommage, j'avais repéré un beau mec tatoué au milieu à gauche. J'aurai bien aimé le zieuter le temps d'un chien tête en bas prolongé."

Ce n’est malheureusement pas lui que j'ai admiré pendant 75 minutes mais elle, la bombass au corps parfait qui en plus d'avoir une tenue parfaite, éxecute les positions plus que parfaitement. 

Parfaitement fatigante, quoi. 

 

"Ne me nargue pas avec tes jambes gracieuses et ton ventre plat, je peux le faire aussi et tout aussi mieux que toi. Regarde....  Ah non, merde, je me suis fait mal... Aie, putain quelle idiote, bordel! Pfffff..... "

Si ils sont tous venus ce soir-là, ce n'est pas pour l'amour du Yoga (quoi que...) mais pour elle: Aili. La professeur aussi cool que jolie. Pfff, elle aussi je l'a déteste. Enfin, non pas totalement. Je l'ai aimé au moment où elle nous a mis du Petit Biscuit, Kinglande et Florence and The Machine. 
Je vous l'ai dis, ce soir là, ce n'est pas à un cours de Vinyasa que je suis allée mais à une soirée privée avec des gens très peu sapés à bouger et transpirer sur des musiques branchées.  

 

VENDREDI  7:00am

Lorsque je l'ai vu, je l'ai tout de suite reconnu. Blond, charmant, cheveux court, lunettes noires carrées. 

"Un ex Tinder?!" … Non, lui c'est bel et bien l'homme que l'on voit placardé sur toutes les affiches à l'entrée des studios de Yoga.  

Une superstar, tu vois.

 

Wesley se présente comme un professeur intervenant dans plusieurs festivals et autres événements, l'été. J'étais impressionnée. Je n'étais pas la seule, la salle était encore une fois, bondée. Mais cette fois-ci, de personnes un peu plus âgées. 

Exclusivement des femmes. 
Je me suis sentie comme une adolescente à une soirée d'adultes: Loin d'être à l'aise tout en attisant la curiosité par sa présence peu désirée. 

Plus les minutes passées, plus j'étais impressionnée par l'énergie solaire de Wesley mais admirative aussi, de toutes. De toutes ces femmes. Elles ont soixante ans et plus. Elles osent. Elles osent tout, elles n'ont peur de rien. Ces femmes mettent aux défis quotidiennement leurs corps, celui de se muscler, tenir dans des positions inconfortables tout en gardant l'équilibre tant désiré. Elles ont laissé leurs corps de jeune femme pour celui de maman, mais ce matin là, à mes yeux, elles étaient toutes aussi gracieuses que dans leurs souvenirs d'antan. 
Moi aussi, je veux être une femme comme ça. Avoir cette conscience là. 
La conscience du bien-être du Yoga à travers l'âge qui lui ne compte pas. 
 

Mention spéciale à cette dame de 75 ans, présente tout les vendredis matin, qui en plus d’avoir un sourire lumineux, nous donne l’envie de se dépasser tout à ses côtés. 

SAMEDI 5:30pm

Je n’aime pas ce mot Kundalini - K U N D A L I N I - Pourtant, c'est le cours de Yoga que j'aime le plus. Tantrique et dynamique. Mon seul moment paillette du weekend. Ici, on danse, on saute, on crie, on se libère. Et la magie opère. 

Quand je regarde bouger Caroline cette soixant8tarde au bandeau coloré dans ses cheveux bouclés, je me dis qu'elle est la personne parfaite avec qui se déhancher. 

Pas de dance Floor, ni d'attitude sexy à adopter, pas de talons à porter, ni de fard sur mes paupières ombrées. Juste moi et mon pantalon de Yoga. 
Juste elle. 
Juste eux. 
Juste nous. 
Sur le rythme entrainant de "Feel it still", on hésite pas à faire n'importe quoi. 
« Oh mon Dieu, mais ils sont fous ces gens-là!  Docteur, amenez les vite, ils sont dans un sale état! »
On quitte aisément les nuages de douceur en direction des zones de turbulences. T’es ready, Andy ?! N’ai pas peur de bouger tes fesses, tes cuisses, tes pieds, lâche tes épaules, tes bras, oui c’est ça  S E C O U E - T O I . Secoue-moi un peu tout ça. 

Du n'importe quoi qui se transforme peu à peu, à un lâcher prise intérieur qui se rapproche de plus en plus à ce que je suis, au plus profond de moi. 
Du n'importe quoi au moi. La méditation doit-elle se vivre assise, immobile en silence ?! Le bien-être du Yoga doit-il se limiter à l'enchainement de plusieurs positions inconfortables ? 

Non, je ne pense pas. 

Le Yoga comme l’être humain, est multiple. Universel. Pas de voie unique, il est tout simplement pluriel. 

DIMANCHE 8:30pm

Cela fait à présent une semaine que j'enchaine les différents cours de Yoga et je dois vous avouer que l'addiction est bien là.  Cependant, elle n'a pas remplacé celle de shopper dans l'excès. Non, je ne parle pas des hommes (c'est fini tout ça... quoi que!) mais des fringues. 
En bonne Parisienne, je ne peux pas aller à mon cours de Yoga quotidien sans plusieurs options sous la main. 


"Quelle chance, un thrift shop ouvert à coté du studio!"  Trois débardeurs, un pantalon et deux brassières plus tard me voilà prête à transpirer tout en étant over-stylée-colorée. " OMG, I love your pants!!! " 

Hahaha ouais, merci #me too. 

C'est assise en train de m'étirer que nos regards se sont échangés. "Ouais, après une semaine de Yoga, je m'étire comme une vraie professionnelle et me prends pour une grande sportive, genre Marie-José Perec, tu vois?! Et alors?!" 

Il s'est assis derrière moi. 

Ha mais c'est gênant tout ça, surtout que tu auras la vue sur mon cul avec la fameuse position du chat. Tu veux pas plutôt te mettre à côté de moi ? Tout le long du cours, entre la position de l'enfant, celle de la montagne, du papillon et du donuts (non, je rigole elle existe pas celle là... quoi que!),  je ne me suis jamais autant concentrée. Et lui aussi, je crois. 

Je pouvais ressentir son souffle et sentir ses muscles craquer. 

En quittant le studio, nos regards se sont une nouvelle fois échangés, sans savoir si nos mouvements allaient, dans un futur proche pouvoir se coordonner. Si cela se faisait, ce serait un vrai début d’histoire d'amour à la sauce Yogi addict Vancouverite. 
Meuf, arrête de rêver et rentre te doucher. 

LUNDI 9:00am


J'assume d'être une chatte. 
Comme elle, je pourrai passer des heures à m'étirer, m'allonger, bailler et puis de nouveau m'étirer, m'allonger et m'endormir... 
Le Yoga n'a fait que confirmer cette féline en moi. Hiphiphip Hourra ! 

L’oisillon est retourné dans son nid, c’est la gazelle aujourd’hui qui est de sortie. Fini la timidité, la peur de mal faire, l’envie d’être parfaite, je prend enfin le droit d’être moi au Yoga. 

Légère même avec mes kilos en trop, gracieuse avec ma cellulite sur les fesses. Qu’importe ! Je prend enfin le temps de respirer, de me retrouver, de sentir les différents muscles qui s’éveillent, ressentir cet équilibre en moi et toute les parties de mon corps que je ne connaissais pas. 


Addict au Yoga, oui. Addict à cette Andréa là, aussi. Celle qui enfin a pris le chemin du bien-être sans se prendre une nouvelle fois la tête. 
Enfin, si la tête j’aimerai bien me la prendre mais cette fois-ci en exécutant la position de Salamba Sirsasana.

Je vous l’ai dis, on ne se refait pas. Yoga ou pas.