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Week # 9 : Derniers instants. 

Ecrit avec amour et humour le 19.09.2018

Toutes les

bonnes choses

ont

une fin.

Je n’ai jamais aimé cette expression, à vrai dire.

Ça veut dire quoi que les mauvaises choses ne se finissent-elle jamais ?! C’est loin d’être la réalité. Tout se finit à qui le décide. J’ai toujours pensé que Vancouver avait pris la décision de mettre le mot fin à notre histoire, pauvre victime que je suis. 

Poor little Frenchie. 

Immigrante en sursis. 

C’est cependant moi qui est décidé de prendre le stylo et d’écrire sur le papier. Ne pas continuer, ne plus vouloir se battre et avancer oui, mais sans toi à mes cotés. T’es la meilleure chose qui me soit arrivé c’est pourquoi il est l’heure de se quitter. Le chemin c’est seule que je l’empreinte, désormais. 

Derniers instants, dernier moments. Deux ans passé en un rien de temps. Comme la vie, tout simplement. 

J’ai vécu ces derniers jours comme les premiers, empreint de liberté saupoudré d’un léger soupçon d’improvisation.

Met  ta  robe  à  paillettes, sors  et  arrête  de  penser. Vis  l’instant  présent, évite  de  tomber  dans  la  nostalgie  du  passé. 

 

Ces dernières semaines ont été l’apothéose de deux années de vie, un concentré de moments inoubliables, dans mon coeur, ils sont inscrits. 

Un savant mélange entre des expériences nouvelles et habitudes anciennes. De nouvelles expérimentations, découverte, rencontres dans une ville loin de m’être inconnue. 

Alors… t’as fais quoi de tes derniers jours ? Comme après une rupture amoureuse, j’ai fais tout ce que j’avais aimé et tout ce que j’avais toujours eu envie de vivre sans jamais m’en donné l’opportunité. 

 

 

Dimanche: Écrire

Tout cette histoire a démarré dans les coffee shop. Non, je ne m’appelle pas J.K Rowling même si avec mes lunettes rondes sur le nez, je  ressemble comme deux gouttes d'eau à cet apprenti sorcier. Assise dans ces endroits cozy stylés, à la décoration minimaliste léché, derrière mon Mac adoré, j’ai cherché. 

Et la plupart du temps, j’ai trouvé. 

Ma recherche d’appartement, mon premier bénévolat et beaucoup de réponses à mes questions les plus existentielles. C’est une vrai tradition ici. Trouver des réponses en même temps que du réconfort, tout est permis. Ces endroits sont bien plus accueillants que certains bureaux de psy. 

 

Tu entres et tu commandes.

Tu commandes et tu t’assoies. 

Tu t’assoies et tu observes. 

Tu observes et puis quelques fois aussi tu travailles. 

Tu travailles et souvent tu souris à la personne assise en face de toi. 

C’est aussi simple que cela. 

Je ne me suis jamais sentie autant chez moi que dans ces espaces dédiés à la création autour d’une tasse d’un bon chocolat chaud maison. Toujours habités et squattés par des travailleurs indépendants qui viennent souvent en pyjama, addict au wifi comme au thé Matcha. J’ai aimé me perdre dans les rues sombres, ruisselantes, bondées pour ensuite m’assoupir dans leurs canapés douillets. Je les connais tous ces cafés, je les ai tous testé, dans n’importe quel quartier. Une vrai addict en moi est née. Cette fille qui après avoir cherché le meilleur spot s’est enfin posée pour écrire et enfin ne plus s’arrêter. 

 

Jeudi: Découvrir 

 

" Tu plaisantes, tu n’es jamais allé sur la Sunshine Coast ?! "  C’est un peu la honte, sorry…  mais j’ai préféré cherché le soleil en Californie. 

La West Coast des USA n’a rien a envié à celle du Canada. La vie est tout aussi légère, il y  moins de plastique, plus de bois. Jamais je n’avais imaginé que le Canada était comme cela. Regorgeant de milliers d’iles, toute aussi belles, perdue et touffues. 

 

Sur le Ferry, j’observe ce paysage loin des premières idées reçues de la femme que j’étais au tout début. Lunettes de soleil sur le nez,  l’eau claire me donne qu’une envie, plonger ! Mais bon, on est au Canada, ne va pas prendre froid. Eau azur, village de pêcheur, boutique d’artisans créateur.

La ville de Gibsons est un vrai écrin de douceur. 

 

Le mieux en voyage c’est le partage. C’est avec mon amie Sergine que je suis partie, celle qui depuis deux ans fait partie de ma vie. Son prénom est unique tout comme ce petit bout de femme, un mélange entre force, rayonnement et beauté naturelle. Elle n’a rien a envier aux îles de la West Coast, elle est tout aussi belle. 

Moins touffue, cependant. Heureusement. 

 

On est Françaises, Paris transpire dans nos attitudes mais pour ce weekend là, on s’est plié au règles du Made in Canada. Au programme: Canoë Kayak sur le Pacifique, bières locales en terrasse à 3:00pm et randonnée en fin de matinée. La citadine en moi a toujours lutté, s’est aussi beaucoup moqué puis questionnée.

Pourquoi partent-ils tous en weekend en camping ou en randonnée ?! Qu’ai-je loupé durant ces deux dernières années ? 

Cette sensation. 

Cette sensation d’évasion. 

Partir pour se rapprocher un peu plus de l’horizon. Ils avaient tous, raison. Je le sais à présent, la Colombie Britannique n’est pas seulement belle, elle est tout simplement magique. 

 

PS: Bon, c’est vrai… on est aussi tombés en amour pour notre hôte Airbnb comme pour les sous vêtements de cette boutique trendy puis dansé la salsa jusqu’au bout de la nuit. 

Parisiennes, je l'avais bien dit ! 

 

 

Mardi: Accueillir

 

A peine avais-je monté les escaliers qu’elle me sauta dans les bras. C’est qui cette fille-là?! Son sourire éclaire notre couloir trop sombre et mon coeur trop lourd. Elle se présente à moi mais je sais déjà qui est cette jeune femme… Sophie c’est ça ?!

Sophie et Conor. Conor et Sophie. 

Ce sont ces deux amoureux qui ont pris place dans mon lit. Pendus leurs pulls dans mon petit dressing et posé leurs valises dans ma - leur -nouvelle maison désormais. Ils sont les moi du début. Enthousiastes, excités et décalés. Bienvenu à Vancouver, les bébés. 

 

Cependant, je n’ai pas toujours ressenti de la bienveillance à leurs égards. 

«  Je m’en fous de savoir qui va prendre MA place dans MA maison et puis si ils pensent que je vais TOUT laisser, il se mettent LEURS gros doigts dans l’oeil. Ils n’auront RIEN de moi. Qu’est ce qu’ils croient ces gens-là ?! » 

 

Pas très fière de ces pensées. Ouais, je l’ai joué enfant archi gâtée. Pleureuse, pleurnicheuse, jalouse, méchante avec un soupçon de ridicule vengeance. Comme Jessica le dit si bien : « Calmos, ramos. » Être dans cet état là, c’est bien sympa mais non, cela ne me ressemble pas. Enfin, je crois pas. 

Respire. 

Je me suis souvenue de la façon dont j’ai été accueilli, ici. De la meilleure façon qu’il soit. Les bras ouverts avec les mots qui donnent le sourire et le coeur qui lui, se remplit de joie. J’ai inspiré, ouvert les yeux et laissé sortir mon Maitre Yogi. Les cours de Yoga ont au moins servi à ça. 

Ouvre tes putains de Chakra, Andréa. 

 

J’ai compris que ma plus belle façon de m’en aller était celle de donner. 

Donne et tu recevras. Donner de son temps, partager son expérience, laisser ce qui a fait de cette maison, un recueil d’idées et de création. Mon énergie est partout, de la décoration aux murs, aux traces de rouge à lèvres sur les miroirs, jusqu’à cette majestueuse table en bois, îlot central de tant de moments d’émotions et d’émois. 

Ma plus belle façon de les accueillir est de leur laisser l’espace de s’y installer. Ma plus belle façon de partir est de ne pas oublier tout ce que j’ai vécu dans cette maison, écrin d’amour et de guérisons. 

 

Vendredi : Danser

 

Encore une fois, je n’ai pas réussi à m’habiller chaudement. Je ne sais pas ce qui se passe et ne serait l’expliquer mais depuis gamine, les manteaux c’est l’été et les tee - shirt quand il fait 10 degrés. 

J’ai toujours aimé être différente, qu’importe si la pneumonie m’attend avec une fièvre carabinée. Ce Festival de musique, cela fait des mois que j’ai le désir d’y aller. Mais le budget est un peu serré. Les têtes d’affiches sont très excitantes, puis l’idée de me prélasser écoutant de la musique au Stanley Park à fait péter le porte monnaie.  

 

On a qu’une vie et celle à Vancouver dans quelques jours, se finie. Alors, t’attends quoi ?! Ben… mes amies et le soleil aussi. Je vais pas vous mentir, aucuns ne sont venus.

Je me suis retrouvée seule, sous la pluie. Comme un souvenir de déjà-vu. Déjà vécu. Pas la peine de pleurer, les gouttes ruisselaient déjà sur mon pull trempé. Mon coeur, lui était enchanté de vivre cette expérience à fond même si être seule parmi cette foule aurait pu me donner envie de m’enfuir. M’enfuir ou mourir. Je suis morte de froid mais l’idée de m’enfuir n’est jamais venu à moi. Avec ma robe à paillettes, j’ai arpenté les différents spots, dansé devant ces groupes de musique déchainés et fait la queue pour boire un Chai Latte. 

Et puis j’ai observé. Tout ceux qui comme moi, sont venus. Des amoureux, des jeunes, des parents, des motards, des adolescents, des vieux, des Fashionnistas et des célibataires quadras. Toute une foule, synchronisant pas de danse et mouvements. S’observant, se souriant. Tous assis sous cet arbre, à l’abri de la pluie. Admiratif devant l’aura de Florence and the Machine, le sex appeal du leader des X Ambassadors et la voix rock de Milky Chance.

 

Vancouver, arrête d’écouter ceux qui disent que tu est une ville ennuyeuse. Oui, tu es pluvieuse mais tu regorges de moments et de personnes qui sont elles, merveilleuses. J’ai passé les derniers jours à tousser mais cette journée restera en moi, gravée. Pluie or not pluie. Pneumonie ou pas pneumonie. 

 

 

Mercredi: Se réveiller 

La cabane en bois dans la forêt, le voilà le vrai cliché. Il était dur de ne pas le vivre avant de m’envoler. C’est en le voyant couper du bois, torse nu, clope au bec que je me suis rendue compte de deux choses. Je suis tombée amoureuse du Canada et aussi de cet homme-là.

Quatre jours ensemble une dernière fois.

On mérite bien ça, n’est ce pas ?! Quatre jours seuls, dans cette cabane à créer, se faire des câlins et rires aux éclats. L’île de Vancouver est l’unique témoin de notre histoire de coeur. Hors de question de se noyer dans les pleurs, viens dans mes bras que j’apaise tes douleurs. 

Une bulle. Un abris. Un foyer. Une réalité. 

Jour après jour, cette envie si désiré de vivre à deux s’est exaucée. 

 

Il dessine, j’écris. Il joue de la musique, je photographie. On s’est accordé dans notre création, comme dans notre quotidien avec tout autant d’attention. Partager plus que son intimité, partager sa vulnérabilité. Être seuls mais à deux.

Aimer être ce couple si harmonieux. Créer sans se soucier de l’heure qu’il est, faire l’amour, s’inspirer de tout ce qui nous entoure. La nature, les choses simples, la beauté du moment, le silence si apaisant. 

 

La vie avec toi est si douce. 

Est ce le Canada qui fait ressentir cela ? La cabane en bois, la chaleur du poêle, les rayons du soleil, la forêt et toi, au milieu de tout ça. Toi + moi + le Canada. 

Nous nous sommes quitté en Paix, comme si tout nos moments passés ensemble nous les avions vécus avec absolument rien à regretter. T’es dans mon coeur, Joshua… mais bon, ça tu le sais déjà. 

 

 

Samedi: Faire la fête 

 

C’était un événement déjà planifié. Ils étaient tous invité. Les copains du début, les potes des colocataires, les proches des uns, les amoureux des autres et les vrais amis d’ici. 

Un salon rempli, une cuisine bondée. Pourtant tout avait si gentiment bien commencé ! Un verre de vin partagé entre nous, assis calmement dans une maison rangée. Ne soyez pas triste, ce soir si on pleure c’est de joie, allez les gars ! De toute façon, je n’arrive pas à croire que je pars, vous savez quoi. 

 

La soirée est passée aussi vite que ces deux dernières années. Pourtant j’ai très peu bu, promis juré. Mon excitation était à son maximum quand ces personnes si différentes se mélangeaient au grès des discussions et des verres échangés. Je me suis souvenue de la première fois où où je les avais tous croisés. Imaginais-je que ces personnes serait devenu des amis ? Des confidents ?

Une famille ? 

Ma famille d’ici.

Voyager, c’est prendre rendez-vous avec soi même à la rencontre des autres. Quand on s'ouvre aux autres, ils s'ouvrent à nous. Sans eux, mon expatriation n’aurait pas été la même. Durant cette vie ici, c’est pour toutes ces personnes que mon coeur à continuer à battre, en amour je suis littéralement tombé. A leurs côtés, j’ai compris mes difficultés, là où au contraire, j’excellais.

J'ai appris à me connaître moi même, à apprivoiser cette distance entre le moi rêvé et le moi réel. J’ai vu la femme s’épanouir, ne plus avoir peur d'être qui j’étais.

 

Accepter enfin d’être d’être qui je suis. 

Rencontrer. 

Partager.

Aimer.

 

Je suis moi mais je suis Jessica, Sergine, et Lulu aussi. Coline, Teresa, Eloane, Eden, Liza et Laura. Toute ses superbes nanas qui irradient Vancouver, de beauté. Je suis aussi ces hommes avec qui j’ai partagé bien plus qu’avec n’importe quel date. Kevin, Stevens, Jarrett, Dulé et Simon, of course.  

Je suis moi mais je suis surtout tout ces individus-là. Ils vont tous cruellement me manquer mais je sais qu’ils vivent en moi, désormais. On ne rencontre pas les gens par hasard, serais-ce venue jusqu’ici pour tous les rencontrer ?! Quelle chanceuse je suis d’avoir croisé leur chemin… Je les aime et ça je n’en ai jamais vraiment douté. 

 

 

Lundi: Se souvenir

 

Au tout début, j’étais perdue. Je l’ai écris sans honte, ni moquerie. Me sentant toute petite parmi ces immenses buildings en verre, intimidée devant ces boutique aux vitrines fancy, terriblement seule devant ces terrasses bondés d’amis. De fraîchement enthousiaste à ridiculement triste. 

 

Cette ville arrivera t-elle un jour à réchauffer mon coeur ? Deviendra t-elle un abris plus qu’une cité sans saveur ?  Arriverai-je à trouver ce pour quoi j’ai décollé ?

J’ai arrêté d’avoir peur. J’ai arrêté de me poser des questions sans raison. 

 

Petit à petit, Vancouver m’a apprivoisé et dans mon coeur, jour après jour, je l’ai adopté. Ces buildings se sont transformés en immeuble que j’ai eu tant de plaisir à photographier, ces boutiques ont été le territoire de chasse de mon porte monnaie et ces terrasses ont été inondé de mon rire et exclamation enjouées. 

Cette ville est devenue mienne. 

A quel point laisse t-on son empreinte dans un ville ? A quel moment ces rues, ces cafés, ces bars, ces parcs sont devenus des souvenirs ancrés ? Un ville devient sienne, lorsqu’on n’a plus peur de s’y laisser aller ?! 

Je n’ai pas écris mon nom sur ces murs taggués mais j’aime me souvenir de cette Andréa à  chaque étape de ma vie, ici. 

 

La fascination pour le quartier historique de Gastown, mes allées et venues quotidiennes à la Public Library, ce festival Mexicain accompagnée main dans la main, l’attente interminable à l’entrée du club select « Guilt and Co », ce parking secret-spot de plusieurs de mes shootings photo, ce restaurant où les 15 makis california sont à 4,50 dollars, la plage où j'ai plongé dans l’Océan complètement nue, cette rue théâtre de notre premier baiser, ces trouvailles vintage à Value Village, cette école de danse sur Main Street… ces milliers d’adresses confondues avec émotions, sentiment et bienveillance remplis d’une infinie tendresse. 

 

Aujourd’hui, je m’en vais mais cette Andréa-là, elle ne partirai jamais.

Vancouver, en moi, tu es gravé. 

Et ce, ma belle… pour l’éternité.